- Par Emmanuelle Heidsieck

Nicolas Dupont-Aignan : « Je veux défendre la Sécurité sociale face à sa privatisation »

Rea
Candidat à l’élection présidentielle sous l’étiquette de son parti Debout La France, Nicolas Dupont-Aignan, se veut le défenseur de la Sécurité sociale qui « n’assure plus l’égalité des Français devant la maladie ». Il souhaite ainsi réunir des Etats généraux pour redonner plus de poids au régime de base dans les remboursements. Opposé à l’Ani et au tiers-payant généralisé, le député de l’Essonne qui se définit lui-même comme gaulliste et souverainiste compte, par ailleurs, « mettre en place des systèmes d’agréments stricts pour les médecins étrangers ».

- Comment voyez-vous l’articulation entre assurance maladie de base et complémentaires santé ? Quel devrait être, selon vous, le panier de soins remboursable par l’assurance maladie ?

Le rôle des mutuelles vient de plus en plus à se substituer à l’assurance maladie pour une couverture qui n’assure plus l’égalité des Français devant la maladie quels que soient leurs revenus. Je veux améliorer les remboursements de l’assurance maladie de base qui ne couvre plus que 51% des soins courants.

De nombreux soins (dentaires, optiques, prothèses auditives) deviennent ainsi inaccessibles pour une partie de la population française peu ou mal couverte par les complémentaires santé et non éligible à la CMU-C. Ainsi, selon une enquête de l’IFOP en 2013, 35% des Français ont déjà renoncé à des soins dentaires pour des raisons financières. Cette insupportable logique comptable aboutit à un mécontentement généralisé. Je veux défendre la Sécurité sociale face aux abus et à la privatisation progressive du secteur de l’assurance maladie.

Aussi, je souhaite réunir des Etats généraux de la santé avec tous les professionnels concernés pour bâtir un régime de Sécurité sociale unique. Ce faisant, je souhaite :

 1. Améliorer le remboursement des soins dentaires de base et assurer un taux de prise en charge de la Sécurité sociale de 100% pour les prothèses dentaires (contre 70% aujourd’hui) couplé à une augmentation de la base de remboursement des couronnes dentaires de 107,5 € à 160 €.

2. Rembourser à 100% une paire de lunettes tous les 4 ans sur un panel des montures et de verres négociés avec les professionnels de santé et les industriels. 

3. Rembourser le montant d’une prothèse auditive tous les 5 ans (sauf diminution importante de l’ouïe) en définissant des prestations standards à coût fixe, négociés avec les professionnels de santé et les industriels.

- L’ANI, soit la complémentaire obligatoire en entreprise, a abouti à une forte segmentation des couvertures : CMU, ACS, complémentaire en entreprise, complémentaire seniors, complémentaire individuelle. Envisagez-vous une réforme pour sortir de cette complexité ? 

L’ANI rend obligatoire la couverture santé pour tous les salariés. Mais les experts s’accordent à dire que cette mesure fait basculer des travailleurs en bonne santé d'un contrat de couverture individuelle vers un contrat de couverture collective moins performant. Cela va contribuer au renchérissement des contrats individuels qui concentreront mécaniquement plus de personnes à fortes dépenses de santé. 

- Quelle est votre position sur le tiers payant généralisé ? Quelles sont les mesures que vous préconisez pour améliorer l’accès aux soins ? 

Le tiers-payant généralisé est une menace forte qui pèse sur les médecins, qui vise à leur faire supporter le travail de l’assurance maladie alors même que les tarifs conventionnels restent ridiculement bas. C’est pourquoi je veux mettre fin à l’obligation de tiers-payant généralisé et revenir à la situation d’avant la réforme Touraine.

Nous sommes, par ailleurs, confrontés à une crise de la médecine libérale qui entraîne un engorgement des hôpitaux, l’apparition de déserts médicaux et, d’une façon générale, des difficultés d’accès aux soins. Dans ce contexte, il faut, selon moi, : 

-Augmenter le numerus clausus de médecins d’1/3 et atteindre 10 000 praticiens par an afin de retrouver à moyen terme un nombre de médecins diplômés en France suffisant et mettre en place des systèmes d’agréments stricts pour les médecins étrangers.

-Permettre aux médecins s’établissant dans les déserts médicaux de toucher plus de revenus (via des diminutions de cotisations Urssaf).

-Revaloriser à 35 € le montant de la consultation médicale pour les généralistes. En échange, il sera demandé aux professionnels de santé de s’impliquer davantage dans la prévention, le dépistage et les soins primaires.

-Développer le système de camions mobiles de santé dans les déserts médicaux.

-Permettre les délégations de compétences afin d’éviter les trop longues journées.

-Renforcer les moyens de sécurité mis à disposition des hôpitaux et des maisons de santé, ce qui permettra de réduire l’absentéisme lié à des situations de stress dues aux agressions physiques ou verbales.

 

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- Par

Marine Le Pen : « Je plaide pour l’introduction d’un délai de carence pour le remboursement par l’assurance-maladie dans le cas des étrangers en situation régulière »

©Romain BEURRIER/REA
Depuis plusieurs semaines, nous publions les prises de position sur la santé et la protection sociale des candidats à l'élection présidentielle. Parmi eux, la candidate du Front national occupe une place particulière, tant les valeurs de solidarité, d'entraide et d'humanisme que porte un magazine comme le nôtre sont éloignées de son programme. Malgré tout, après discussion et réflexion au sein de la rédaction, nous avons fait le choix d’interviewer Marine Le Pen et de publier ses propos, car nous ne souhaitons pas participer à la « campagne de victimisation » dont ce parti se targue trop souvent.

 

Comment voyez vous l'articulation entre assurance-maladie et complémentaires santé ? Quel devrait être, selon vous, le panier de soins remboursable par l'assurance-maladie ?

Je pense que la coexistence de ces deux systèmes de protection est une richesse que nous devons préserver. En revanche, il est nécessaire de mieux encadrer les complémentaires santé privées, notamment en instaurant une règle d’or budgétaire concernant les frais de gestion. La Cour des  comptes évalue à près de 30 % le poids des « frais de gestion » dans le budget des assurances complémentaires. Plus de transparence permettrait de rétablir la confiance, et juguler ces frais de gestion permettrait d'améliorer les prestations offertes.

Je m’engage également à revenir sur le plafonnement des remboursements, qui a été une décision néfaste de Marisol Touraine, engendrant l’émergence de restes à charge importants pour les patients, fragilisant les Français les plus précaires.

Il est également nécessaire de bien définir le rôle respectif de l’assurance-maladie et les assurances complémentaires. Je m’oppose ainsi fermement au projet de M. Fillon, qui souhaite déléguer le « petit risque » aux assurances complémentaires, ce qui renchérira de manière importante les cotisations, déjà élevées, et posera des problèmes évidents d’accès aux soins. Si on réserve la Sécurité sociale aux personnes en Ald, 85 % des Français en seront exclus, c’est impensable ! La Sécurité sociale est un pilier de notre société, nous nous devons de la préserver et la consolider pour les générations futures.

L'Ani, soit la complémentaire obligatoire en entreprise, a abouti à une forte segmentation des couvertures : Cmu, Acs, complémentaire en entreprise, complémentaire seniors, complémebtaire individuelle. Envisagez-vous une réforme pour sortir de cette complexité ?

La complexité actuelle du système de protection sociale est néfaste, et nuit à la bonne compréhension des Français. Il est nécessaire de simplifier le système afin de garantir une meilleure prise en charge des frais de santé. L’Ani notamment a créé un effet d’aubaine pour les organismes complémentaires, qui a entraîné un renchérissement des contrats sans amélioration des prestations. Je plaide pour un meilleur contrôle des organismes complémentaires, afin d’assainir leur gestion (leurs frais de gestion opaques représentent jusqu’à un tiers des cotisations) pour améliorer les prestations offertes. Je reviendrai également sur le plafonnement des remboursements par les complémentaires que Marisol Touraine a instauré, car ce plafonnement a fait émerger des restes à charge insupportables pour les patients.

Quelle est votre position sur le tiers payant généralisé ? Quelles sont les mesures que vous préconisez pour améliorer l'accès aux soins ?

Le tiers payant généralisé a été imposé aux médecins de manière dogmatique, sans véritable concertation. A mon sens, il est nécessaire de supprimer son caractère obligatoire, et permettre aux Français qui en ont besoin de le demander à leur médecin. En effet, il est absurde d’imposer l’application du tiers payant à des patients qui n’auraient pas besoin de ce coup de pouce. Les entreprises innovantes peuvent également contribuer à développer de nouveaux outils pour simplifier les tâches administratives des professionnels de santé, et libérer du temps médical, qui vient à manquer. Pour améliorer l’accès aux soins, qui ne cesse de se dégrader, il est nécessaire d’encadrer les tarifs des organismes complémentaires et d’abolir le plafonnement des remboursements. Il est également important de lutter contre les effets de seuil qui existent pour certains dispositifs, notamment la Cmu-c. Les soins coûteux, tels que l’optique ou le dentaire, doivent êre mieux pris en charge, et le prix des médicaments doit être renégocié à la baisse ; dans le cas oû les laboratoires refuseraient de baisser le prix de leurs médicaments, nous aurons recours à la licence d’office.

Vous parlez d'un délai de carence pour l'obtention des droits à la Sécurité sociale pour les étrangers. Pouvez-vous préciser cette idée ? Quid de l'aide médicale ?

Effectivement, je plaide pour l’introduction d’un délai de carence pour l’ouverture du remboursement par l’assurance-maladie dans le cas des étrangers en situation régulière. Bien entendu, durant cette période, ils auront accès à tous les services, au même titre que les citoyens français, mais devront payer ces services ; on peut même envisager que des assurances privées puissent prendre en charge ces frais pendant le délai de carence. Depuis 2015, le Royaume-Uni impose un « droit d’entrée » aux étrangers résidant plus de six mois sur leur territoire, pour bénéficier de leur système de santé ; ma réforme va dans la même sens. Au terme de ce délai de carence, les étrangers en situation régulière bénéficieront des mêmes conditions que les citoyens français. Pour ce qui est des étrangers en situation irrégulière, je suis pour la suppression de l’aide médicale d’Etat (Ame) et son remplacement par une aide cantonnée aux soins urgents, aux situations relevant de l’urgence ou présentant un risque majeur pour la santé publique. Ces soins représentent une faible part du budget de l’Ame. Contrairement à ce que l’on peut lire çà ou là, il n’est pas question d’interdire l’accès aux soins aux étrangers en situation irrégulière, mais il s’agit de ne pas faire payer par la collectivité les soins courants de personnes présentes illégalement sur notre territoire.

 

 

 

 

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- Par Emmanuelle Heidsieck

Benoît Hamon : « Les mutuelles doivent retrouver le rôle d’aiguillon qui fut le leur»

@agence REA
Candidat à la primaire socialiste, le député des Yvelines Benoît Hamon veut consolider l’assurance-maladie tout en valorisant les mutuelles qu’il estime « plus agiles » que le régime de base pour innover en matière de prévention. L’ancien ministre de l’Economie sociale et solidaire puis de l’Education nationale se dit favorable au tiers payant généralisé, mais pense que l’Ani a abouti à « une grande confusion ». Fervent défenseur de l’égalité de traitement de la protection sociale, il prône un bouleversement total : l’instauration d’un « Revenu universel d’existence ».

- Comment voyez-vous l’articulation entre assurance-maladie de base et complémentaires santé ? Quel devrait être selon vous le panier de soins remboursable par l’assurance-maladie ?
L’assurance-maladie obligatoire est pour moi le socle fondamental. C’est elle qui assure l’égalité de traitement entre tous les citoyens. C’est une conquête sociale précieuse mais fragile, qu’il nous faut consolider en cessant de ponctionner ses financements. J’y suis très attaché car elle est au cœur du Pacte républicain français.
Les complémentaires, au premier rang desquelles les mutuelles, doivent à mon sens retrouver le rôle d’aiguillon qui fut le leur, lorsqu’elles remboursèrent l’Ivg ou inventèrent le tiers payant. Plus agiles, elles peuvent plus facilement innover en matière de prévention en mobilisant notamment le digital au service d’une véritable « gestion du risque » pour les grands maux de notre temps tels que l’obésité, le tabac ou la sédentarité.
Globalement, en matière de prévention, je suis convaincu que nous avons besoin d’une grande alliance entre la Sécu, les complémentaires, les professionnels de santé et les associations de patients. C’est le sens de la « République coopérative » que je souhaite proposer aux Français. L’Etat impulse et met en mouvement les forces agissantes au service d’un intérêt général défini en commun avec les Français.  
Mais il faut aller plus loin. Pour assurer cette nécessaire égalité de traitement de la protection sociale, je mets au cœur de mon projet le « Revenu universel d’existence ». Il sera alloué à chacun quel que soit son revenu et son statut, permettant ainsi de considérer chaque citoyen de manière égale. Ce serait un immense pas en avant pour la solidarité, comparable à l’instauration de la Sécu en 1945.
 
- L’Ani, soit la complémentaire obligatoire en entreprise, a abouti à une forte segmentation des couvertures : Cmu, Acs, complémentaire en entreprise, complémentaire seniors, complémentaire individuelle. Envisagez-vous une réforme pour sortir de cette complexité ?
Le projet partait d’une bonne intention : généraliser la couverture complémentaire santé. Je crains qu’au final, faute d’avoir eu une vision d’ensemble du problème, on ait abouti à une grande confusion. Ma position est finalement assez simple, guidée par une seule valeur : l’égalité de traitement entre les citoyens.
Si l’on veut aboutir à ce que tous les Français aient accès à une complémentaire santé de qualité, il faut les aider de la même façon. Or, les quelque 4 milliards d’euros d’aides fiscales et sociales à la complémentaire santé sont répartis de manière très inégale. Les retraités, les étudiants, les chômeurs de longue durée, mais aussi les fonctionnaires, ne reçoivent rien ou très peu car les aides publiques sont réservées aux contrats collectifs obligatoires en entreprise.
 
- Quelle est votre position sur le tiers payant généralisé ? Quelles sont les mesures que vous préconisez pour améliorer l’accès aux soins ?
 La généralisation du tiers payant est une bonne chose car elle facilite le parcours de soins. Reste à mettre en place les meilleures solutions techniques pour simplifier la vie des professionnels de santé et celle des patients.
 Mais pour moi, la priorité pour améliorer l’accès de soins,  c’est d’en finir avec l’inégale répartition des soins de premier recours sur le territoire. La situation n’est pas bonne. Ne nous voilons pas la face. Dans nos campagnes ou dans certains quartiers populaires de grandes villes, le médecin généraliste se fait rare. Des mesures ambitieuses ont été négociées dans la nouvelle convention médicale, elles pourraient faire leur effet. Si ce n’est pas le cas, il nous faudra aller plus loin. L’idée me paraît intéressante de ne plus autoriser le conventionnement des médecins qui s’installeraient dans une zone déjà fortement dotée.
 

Mais encore

- Le revenu d'existence pourrait être appliqué en trois temps. D'abord pour les 18-25 ans, ensuite pour les personnes en dessous du revenu médian, enfin, généraliser à l'ensemble de la population lors d'un second quinquennat. Il pourrait s'établir aux alentours de 600 euros/

- Lancement d'un grand plan "Sport et santé" dans les collèges, lycées, entreprises et ehpad, en prévention des maladies chroniques

- Oeuvrer sur la baisse des médicaments innovants maintenus à prix élevés par certains laboratoires pharmaceutiques

AMT

 

 

 

 

 

 

 

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- Par Emmanuelle Heidsieck

François Fillon : « Je propose de centrer l’assurance-maladie sur les affections graves ou de longue durée »

©Eric TSCHAEN/REA
L’ancien Premier ministre et député de Paris, François Fillon, veut donner plus de place aux complémentaires santé en centrant l’assurance-maladie sur le gros risque, en les associant à la gestion du système et en leur permettant de rembourser une « franchise universelle » qu’il souhaite créer pour responsabiliser les patients.

- Comment voyez-vous l’articulation entre assurance-maladie de base et complémentaires santé ? Quel devrait être selon vous le panier de soins remboursable par l’assurance-maladie ?

Il faut redéfinir les rôles respectifs de l’assurance-maladie et de la complémentaire santé. Le système actuel se caractérise de plus en plus par la confusion des rôles. Les complémentaires se plaignent du désengagement de l’assurance-maladie. Les assurés ne savent plus quel est le niveau de leur couverture santé. Ils constatent souvent, par ailleurs, une augmentation très forte de leurs cotisations à leur complémentaire.

Je propose, par conséquent, de centrer l’assurance-maladie sur les affections graves ou de longue durée. Il ne s’agit pas d’un désengagement de la Sécurité sociale. Il s’agit, en concertation avec l’ensemble des parties prenantes, de définir un panier de soins pris en charge par la Sécurité sociale ; panier de soins dont le contenu pourra naturellement évoluer.

L’optique et les prothèses dentaires pour les adultes, très peu remboursées aujourd’hui par l’assurance-maladie, pourraient être prises en charge par les organismes complémentaires. Notons que les frais de gestion de l’optique par l’assurance-maladie sont presque aussi élevés que les montants du remboursement. Il faut en discuter. Il n’y a pas de sujet tabou.

Dernier point, un mécanisme de conventions entre les complémentaires santé, les établissements de soins et les professionnels de santé permettra un bon usage des soins, un maintien de l’offre plurielle de soins ainsi qu’une régulation des dépenses.

- L’Ani, soit la complémentaire obligatoire en entreprise, a abouti à une forte segmentation des couvertures : Cmu, Acs, complémentaire en entreprise, complémentaire seniors, complémentaire individuelle. Envisagez-vous une réforme pour sortir de cette complexité ?

Il faudra, en effet, tout remettre à plat. Car cette segmentation des couvertures entraîne des frais de gestion importants. Elle empêche toute vision globale de la couverture santé, de son rôle et de ses avantages fiscaux et sociaux.

La redéfinition des rôles entre assurance maladie et complémentaires favorisera naturellement cette remise à plat.

- Quelle est votre position sur le tiers payant généralisé ? Quelles sont les mesures que vous préconisez pour améliorer l’accès aux soins ?

Le tiers payant généralisé est non seulement inutile mais déresponsabilisant pour les assurés. Je me suis engagé à y mettre fin.

Je propose d’introduire une franchise universelle qui remplacerait le ticket modérateur et les franchises actuelles. Elle serait calculée en fonction des revenus de l’assuré dans la limite d’un seuil et d’un plafond et pourrait être prise en charge par les complémentaires. C’est un mécanisme de responsabilisation. C’est l’intérêt de tous de revenir à un équilibre des dépenses d’assurance-maladie.

Par ailleurs, je ne crois pas à des mécanismes coercitifs pour l’installation des médecins. Il faut, en revanche, développer les aides à l’installation et encourager de nouvelles formes d’exercice, notamment avec les maisons de santé pluriprofessionnelles.

Je veux défendre la médecine libérale. Je veux assurer la complémentarité entre la médecine de ville et l’hôpital. Pour y parvenir, il faut faire confiance aux professionnels de santé et respecter leur liberté et leur sens des responsabilités. C’est pourquoi un système conventionnel entre financeurs et professionnels de santé est le plus adapté.

 

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- Par Emmanuelle Heidsieck

Yannick Jadot : « Il faut associer fortement la Sécu et les complémentaires »

Jean Claude MOSCHETTI/REA
Candidat d’Europe Ecologie Les Verts (Eelv) à l’élection présidentielle, Yannick Jadot estime que l’assurance-maladie et les complémentaires doivent s’associer fortement dans un « accord cadre » pour une meilleure prise en charge des assurés. Le député européen considère par ailleurs qu’il faut élargir le financement du système à l’ensemble des revenus et à une taxe carbone. Grand défenseur des réseaux de soins, vus comme « indispensables pour une réforme durable de la protection sociale », il se félicite de la mise en place du tiers payant généralisé.

 - Comment voyez-vous l'articulation entre assurance maladie de base et complémentaires santé ? Quel devrait être, selon vous, le panier de soins remboursable par l'assurance-maladie ? 

Dans son dernier rapport, la Cour des comptes constate un paradoxe : il n’y pas de désengagement global de l’assurance-maladie ; le taux d’intervention est le même qu’il y a quinze ans. Pourtant, le niveau de remboursement individuel n’a cessé de baisser. Cette contradiction s’explique par une augmentation des prises en charge à 100 % qui s’accompagne d’un recul sur les soins courants. A cela viennent s’ajouter les dépassements d’honoraires, pris en charge par les complémentaires. La conclusion de la Cour des comptes est assez sévère : le régime de base n’assure plus une protection suffisante et équitable contre le risque maladie et les complémentaires ne sont pas en situation de remédier à cette situation.

Dans ce contexte, il pourrait être intéressant de promouvoir un accord cadre associant la Sécurité sociale et l’Unocam (Union nationale des organismes d’assurance-maladie complémentaire) : 

  • aux négociations conventionnelles avec les professionnels de santé ;
  • au partage des outils en vue d’éviter la double gestion d’un même risque ;
  • à l’organisation du parcours de soins, notamment pour les maladies chroniques, mais aussi le dentaire, l’optique et les prothèses auditives.

Dans cette perspective, l’Etat devrait revoir sa politique fiscale à l’égard des complémentaires et des professionnels de santé afin de définir une incitation/pénalisation plus franche privilégiant la solidarité des contrats, la maîtrise des dépenses de santé et l’installation dans les zones moins couvertes.

Enfin, il faut avoir le courage de dire que le financement ne peut plus reposer uniquement sur les cotisations salariales. Cotisations sur l’ensemble des revenus du pays, utilisation d’une partie d’une taxe carbone, économies engendrées par une véritable politique de prévention, voilà les garants d’un système de santé financièrement viable, soucieux de tous, respectueux de notre planète.

- L’Ani, soit la complémentaire obligatoire en entreprise, a abouti à une forte segmentation des couvertures : Cmu, Acs, complémentaire en entreprise, complémentaire seniors, complémentaire individuelle. Envisagez-vous une réforme pour sortir de cette complexité ? 

Des dispositifs visant à limiter les restes à charge ont été mis en place successivement, tels que les Ald, la Cmu-c et l’Acs. Et d’autres mécanismes ont été développés pour limiter les dépassements d’honoraires comme le « contrat d’accès aux soins » et le « contrat responsable ». Mais tout cela n’a pas été en mesure d’enrayer l'évolution défavorable à l’accès aux soins et à la maîtrise des coûts, ce qui finit par fragiliser l’ensemble du système.

En conséquence, une réforme durable de la protection sociale impose de davantage peser sur l’offre de soins et les prix par le biais, notamment, de réseaux de soins. 

- Quelle est votre position sur le tiers payant généralisé ? Quelles sont les mesures que vous préconisez pour améliorer l'accès aux soins ? 

Je me félicite de la généralisation du tiers payant, mesure de justice sociale soutenue par une majorité de Français. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 2012 et 2016, l’accès à un généraliste est devenu de plus en plus difficile pour un quart de la population. 

Pour lutter contre les déserts médicaux, on retiendra d’une part, l’arme du conventionnement médical, comme cela existe déjà pour les infirmiers libéraux : dans les zones surdotées, un infirmier ne peut s’installer que si un autre cesse son activité. D’autre part, la rémunération des médecins peut être incitative, avec deux leviers :

  • la rémunération forfaitaire des médecins devrait être modulée en fonction du nombre de patients pris en charge ; 
  • la variable des dépassements d’honoraires pourrait être utilisée afin de ne pas inciter les médecins à s’installer dans les zones surdotées ;

Enfin, il s’agira, dans le cadre de l’organisation de réseaux de soins, de favoriser la création de maisons de santé, en partenariat avec les organismes complémentaires et les structures politiques des territoires.

 

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- Par Emmanuelle Heidsieck

Jean-Luc Mélenchon : « Le 100 % Sécu pour la totalité des dépenses de soins »

©Romain BEURRIER/REA
Candidat à l’élection présidentielle sous la bannière de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon propose que l’assurance-maladie prenne en charge la totalité des dépenses de soins dans le cadre de ce qu’il nomme le « 100 % Sécu ». Pour le député européen, cette mesure sera financée par la transformation des primes aux complémentaires en cotisations à l’assurance-maladie. Il n’y aura pas de pertes d’emplois : le personnel des mutuelles se verra proposer une « intégration dans l’assurance-maladie ».

- Comment voyez-vous l’articulation entre assurance-maladie de base et complémentaires santé ? Quel devrait être selon vous le panier de soins remboursable par l’assurance-maladie ?
Le programme de la France insoumise propose la mise en place du « 100 % Sécu » afin que l’assurance-maladie prenne en charge la totalité des dépenses de soins jugés indispensables, dont l’optique, le dentaire et les audioprothèses.
Le « 100 % Sécu » garantira un financement plus égalitaire, les cotisations étant proportionnelles aux salaires et indépendantes de l’état de santé, et sera moins coûteux, les frais de gestion de l’assurance-maladie étant bien moins élevés que ceux des complémentaires. Cette mesure n’entraînera pas de pertes d’emplois. Les complémentaires pourront continuer à assurer certaines fonctions en matière de prévention ou de gestion de centres de santé, et une grande partie des personnels se verront proposer une intégration dans l’assurance-maladie.
Enfin, cette mesure sera financée par la transformation des primes aujourd’hui versées aux complémentaires en cotisations. Combinée à la suppression de certaines dépenses inutiles et aux économies liées à la prise en charge par un organisme unique, il n’y aura pas de hausse des prélèvements pour les assurés. Au contraire, les plus bas salaires gagneront en pouvoir d’achat.
- L’Ani, soit la complémentaire obligatoire en entreprise, a abouti à une forte segmentation des couvertures : Cmu, Acs, complémentaire en entreprise, complémentaire seniors, complémentaire individuelle. Envisagez-vous une réforme pour sortir de cette complexité ?
Le « 100 % Sécu » constitue aussi une avancée considérable en matière de lisibilité. Terminés les problèmes de transmission entre assurance-maladie et complémentaires. Demain, vous aurez un interlocuteur unique financé de façon transparente et équitable. On mettra ainsi fin aux inégalités qui existent entre salariés des grandes entreprises, qui bénéficient généralement d’une complémentaire de haut niveau, et les autres qui sont obligés de payer cher pour un niveau de couverture très faible.
- Quelle est votre position sur le tiers payant généralisé ? Quelles sont les mesures que vous préconisez pour améliorer l’accès aux soins ?
Le tiers payant actuel n’est pas généralisé, puisqu’il n’est obligatoire que pour la part des dépenses prises en charge par l’assurance-maladie. Il faut aller vers un vrai tiers payant généralisé car, en dispensant de l’avance des frais, on contribue à diminuer le taux de renoncement aux soins pour raisons financières.
S’agissant de l’amélioration de l’accès aux soins, elle s’appuie sur différentes mesures. Le « 100 % Sécu » constitue un premier pilier. L’interdiction des dépassements d’honoraires, qui s’accompagnera d’une refonte des mécanismes de rémunération des professionnels de santé pour en finir avec le paiement à l’acte, en constitue un deuxième. Enfin, nous proposons la création massive de centres de santé pluridisciplinaires, répartis sur l’ensemble du territoire, qui permettront de supprimer les déserts médicaux. Ce qui répond à une attente des professionnels de santé.
Comme vous avez pu le constater le « 100 % Sécu » constitue une mesure phare mais je ne souhaite pas réduire notre programme à cette seule mesure. Notre programme de santé s’appuie sur une réflexion systémique qui dépasse la seule question de l’offre de soins. Lutter contre la pollution environnementale ou contre les inégalités sociales, comme nous le proposons, c’est aussi agir en faveur de la santé.

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- Par Emmanuelle Heidsieck

Manuel Valls : « Je souhaite un panier de soins de ville remboursé à 100 % par l’assurance-maladie »

@Réa
Candidat à la primaire socialiste, Manuel Valls veut porter à 100 % le remboursement d’un panier de soins de ville pour tous les malades. L’ancien Premier ministre s’oppose au transfert de dépenses de santé vers les complémentaires, « une ligne rouge infranchissable ». Mais, il estime que des acteurs privés comme les mutuelles peuvent permettre d’accroître le niveau de solidarité du système. Tout en défendant le bilan du quinquennat (tiers payant généralisé, réforme de l’Acs, Ani, réduction du déficit de la Sécu), il veut aller « beaucoup plus loin » dans la lutte contre les déserts médicaux.

- Tiers payant généralisé, couverture complémentaire obligatoire en entreprise, contrat d’accès aux soins… Voyez-vous la politique que vous avez menée comme Premier ministre comme une troisième voie entre étatisation et privatisation du système de soins ?

Ma conviction, c’est que nous pouvons faire progresser le niveau de solidarité de notre système tout en tirant partie de ce qu’un grand nombre d’acteurs privés (professionnels libéraux, industrie pharmaceutique, mutuelles…) ont à apporter. A deux conditions : des régulations efficaces et un dialogue social intense. On peut appeler cela une « troisième voie ». C’est heureusement celle qui a prévalu, pour l’essentiel, depuis la création de notre Sécurité sociale après-guerre.

- Pour l’avenir, comment voyez-vous l’articulation entre assurance-maladie de base et complémentaires santé ? Quel devrait être selon vous le panier de soins remboursable par l’assurance-maladie ?

La solidarité, c’est d’abord la Sécurité sociale. Dérembourser des soins, augmenter les franchises, c’est faire peser davantage de dépenses sur les malades. Transférer des dépenses vers les complémentaires c’est faire augmenter leur coût et donc mettre en difficulté nos concitoyens. Pour moi, c’est une ligne rouge infranchissable. Nous nous y sommes refusés pendant cinq ans à la différence des gouvernements précédents. Et ça marche : le déficit de l’assurance-maladie a été réduit de 70 %, et la part des dépenses de santé prise en charge par la Sécurité sociale a augmenté de 1 point.
Au-delà, et sans renoncer au rétablissement des comptes de l’assurance-maladie, je souhaite porter à 100 % le taux de remboursement d’un panier de soins de ville pour tous les malades. Il s’agit de renforcer et de faciliter l’accès aux soins primaires, d’accompagner plus encore le virage ambulatoire et de limiter au maximum le recours vers l’hôpital qui doit devenir la structure réservée aux cas les plus complexes.  

- L’Ani, soit la complémentaire obligatoire en entreprise, a abouti à une forte segmentation des couvertures : Cmu, Acs, complémentaire en entreprise, complémentaire seniors, complémentaire individuelle. Envisagez-vous une réforme pour sortir de cette complexité ?

Il faut d’abord saluer les progrès réalisés pendant ce quinquennat pour améliorer la couverture complémentaire santé des Français. La réforme de l’Acs et la hausse des plafonds de ressources de la Cmu et de l’Acs, c’est la garantie pour tous les Français vivant sous le seuil de pauvreté d’accéder à une complémentaire de qualité gratuitement ou à coût très réduit. L’Ani, c’est la généralisation de la couverture complémentaire pour tous les salariés, avec une participation financière de leur employeur. C’est une étape importante qui en appelle d’autres.  Je pense, et c’est d’ailleurs ce que prévoit l’Ani, que la prochaine étape se situe du côté de la prévoyance : il faut que les branches professionnelles puissent se saisir de cette question pour généraliser des couvertures prévoyance de qualité et mutualisées.

-  Quelles sont les mesures que vous préconisez pour améliorer encore l’accès aux soins ? Comment lutter contre les déserts médicaux ?

Pour lutter contre les déserts médicaux, nous avons mené depuis 2012 une  politique volontariste et innovante en faveur de l'installation de jeunes médecins en zones sous-dotées, à travers notamment le pacte Territoire Santé : développement de 1 200 maisons de santé pluridisciplinaires en 2017 ; 1 800 contrats d'engagement de service public ; 650 contrats de praticiens territoriaux de médecine générale ; numerus clausus relevé fin 2015 dans 10 régions… Les premiers résultats sont déjà visibles. Mais il faut aller beaucoup  plus loin. Je propose une augmentation et une régionalisation du numerus clausus dans les études médicales pour tenir compte des besoins des territoires, tout en sachant que les solutions devront être construites en lien étroit avec les professionnels qui souhaitent de plus en plus des modes d’exercice regroupés et un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Pour ce qui est de l’accès aux soins, il faudra déployer le plan de revalorisation des remboursements des soins dentaires prévu par la Lfss pour 2017.

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- Par Anne-Marie Thomazeau

La santé, enjeu fondamental pour les Français

©Vincent Poillet/REA

77 % des personnes interrogées estiment que les propositions des candidats concernant le système de santé seront un critère déterminant de leur vote à l'élection présidentielle de 2017, selon un sondage Louis Harris pour a Chaîne parlementaire (LCP).

 

A la demande de Lcp, Harris Interactive a réalisé une enquête auprès des Français afin de cerner leurs attentes face aux échéances électorales à venir, et ce sur différentes thématiques. La deuxième étude porte sur les perceptions des Français à l'égard du système de santé, mais aussi sur leurs attentes en termes de réformes pour améliorer ce dernier.

Que retenir de cette enquête ?

  • Les sympathisants de gauche et les personnes les plus diplômées se déclarent plus attentifs à cet enjeu que la moyenne des Français, pour faire leur choix en 2017.
  • De manière générale, aucune personnalité politique ne fait consensus quant à sa capacité supposée à proposer des pistes intéressantes pour réformer le système de santé. 
    Jean-Luc Mélenchon arrive en tête des personnalités citées, même si seulement 38 % des Français estiment qu'il pourrait proposer de bonnes solutions en la matière. Les différents candidats positionnés plutôt à gauche ou au centre de l'échiquier politique sont davantage crédités de cette capacité que ceux qui se situent à sa droite (à noter que seulement 26 % des Français considèrent que François Fillon pourrait proposer de bonnes solutions).
  • Les Français se montrent favorables à la plupart des propositions de réforme testées, la plus essentielle à leurs yeux étant de « mettre en place plus de contrôles contre les fraudes et les abus » (« tout à fait prioritaire » pour 62 % d'entre eux).
    En revanche, ils sont nettement plus réticents quant à l'idée de laisser le financement du « risque léger » aux complémentaires santé, et de concentrer l'assurance-maladie sur les affections graves ou de longue durée (38 % des Français estiment qu'elle « ne devrait pas être mise en œuvre »).

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- Par Emmanuelle Heidsieck

Vincent Peillon : « Je propose de créer une complémentaire publique pour les exclus de l’ANI »

RGA/REA
Candidat à la primaire socialiste, l’ancien ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon, défend l’assurance maladie, « le pilier de notre République sociale », et veut créer une complémentaire publique gérée par le régime de base pour les plus modestes exclus de l’ANI. Le député européen envisage de revenir sur le mode de financement de la protection sociale trop assise, selon lui, sur les cotisations. Fervent partisan du tiers payant généralisé, il s’oppose, en revanche, à des mesures coercitives à l’installation des médecins dans les déserts médicaux.

Comment voyez-vous l’articulation entre assurance maladie de base et complémentaires santé ? Quel devrait être, selon vous, le panier de soins remboursable pas l’assurance maladie ? 

L’assurance maladie restera le pilote de la protection sociale, parce qu’elle est égalitaire dans ses cotisations et dans ses prestations, et aussi parce qu’elle est efficiente : ses coûts de gestion sont remarquablement bas. C’est le pilier de notre République sociale, j’y suis très attaché. J’ai signé la pétition portée par le Pr Grimaldi ; elle reflète entièrement ma ligne politique sur ce sujet.

Reste que les dépenses de santé vont augmenter, c’est une évidence. Parce que nous vivrons plus longtemps, et c’est heureux, parce que les affections de longue durée vont se développer et parce que les soins se spécialisent. Nous faisons face à un choix de société : allons-nous faire financer ce surcoût par le reste à charge des malades ou par la solidarité nationale via l’impôt ? Je réponds que nous ne pouvons plus asseoir le financement de notre protection sociale majoritairement sur les cotisations sociales. 

Mais chacun sait qu’il faudra également baisser le coût des actes : virage ambulatoire, dossier médical partagé, nouvelles technologies, médecine préventive… les solutions existent et nous devons nous y engager pleinement.

L’ANI, soit la complémentaire obligatoire en entreprise, a abouti à une forte segmentation des couvertures : CMU, ACS, complémentaire en entreprise, complémentaire seniors, complémentaire individuelle. Envisagez-vous une réforme pour sortir de cette complexité ?

L’ANI a permis que 95 % des Français soient couverts par une complémentaire, mais au prix d’un accroissement du reste à charge. Par ailleurs, on a vu arriver des contrats « surcomplémentaires » qui ont encore accru l’inégalité d’accès aux soins. Si cette réforme partait d’une intention louable, ses objectifs initiaux ne sont pas atteints. Il faudra donc réformer l’ANI.

Pour ce qui est de l’ACS, je propose sa suppression au profit d’une complémentaire publique, gérée par l’assurance maladie, financée par la solidarité nationale, les cotisations et les fonds initialement alloués à l’ACS, pour tous ceux qui sont exclus de l’ANI. L’accès aux soins des plus modestes est une de mes priorités. L’objectif est clair : avec le tiers payant généralisé et la complémentaire publique, le reste à charge doit être égal à zéro. 

Quelle est votre position sur le tiers payant généralisé ? Quelles sont les mesures que vous préconisez pour améliorer l’accès aux soins ? 

Quand on parle d’accès aux soins, il faut d’abord rappeler que plus de quatre Français sur dix renoncent à se soigner, d’abord pour des raisons financières mais aussi parce qu’il n’y a pas assez de professionnels de santé disponibles à proximité. 

Améliorer l’accès aux soins, c’est donc un enjeu de santé publique et de justice sociale. En ce sens, la logique du tiers-payant consiste à lever les obstacles financiers à l’accès aux soins. Je rappelle que sa généralisation est prévue pour la fin 2017 et qu’il faudra être attentif quant à sa mise en œuvre, j’ai la conviction qu’elle restera l’une des grandes réformes sociales du quinquennat. Par ailleurs, le Conseil constitutionnel a jugé que le tiers-payant ne pourrait pas s’imposer pour la part prise en charge par les complémentaires. Nous devrons réécrire la loi pour prendre en compte les motifs de la censure et mettre le texte en conformité avec la constitution.

Sur la désertification médicale, nous n’obtiendrons aucun résultat en utilisant des mesures coercitives, qui creuseraient la défiance entre les médecins et les pouvoirs publics. Nous manquons de médecins, en particulier de généralistes. Dans l’urgence, je veux mobiliser les médecins retraités qui voudraient cumuler emploi et retraite et les médecins remplaçants, par de fortes incitations fiscales et réductions de charges. Sur le long terme, l’idée n’est pas de mettre un médecin par commune, mais un groupe de professionnels de santé : il faudra nécessairement un projet médical porté par le terrain et une contractualisation entre les professionnels, les autorités de santé, les patients et tous les acteurs locaux du soin. La santé doit être pilotée au plus près des territoires.

Propos recueillis par Emmanuelle Heidsieck

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- Par Emmanuelle Heidsieck

Arnaud Montebourg : « Une mutuelle publique à 10 € par mois pour les plus démunis »

©Anthony MICALLEF/HAYTHAM-REA
Candidat à la primaire socialiste, Arnaud Montebourg, propose de créer une mutuelle publique à 10 € par mois pour tous ceux qui vivent avec moins que le SMIC et de plafonner les tarifs des prothèses dentaires et auditives. Pour lutter contre les déserts médicaux, l’ancien ministre de l’Economie prône l’installation de médecins salariés par la Sécurité sociale dans des maisons de santé, secondés par de jeunes médecins appelés du « service civil national obligatoire » qui fait partie de ses 70 propositions.

- Comment voyez-vous l’articulation entre assurance-maladie de base et complémentaires santé ? Quel devrait être, selon vous, le panier de soins remboursable par l’assurance-maladie ?
Je pense qu’il faut améliorer le système, notamment pour ceux qui disposent de faibles revenus. La santé est actuellement le 3e poste de dépenses qui pose le plus de problèmes financiers aux Français, notamment en matière d’optique, de soins dentaires ou de prothèses auditives.
Actuellement, la Cmu-c permet de protéger les plus fragiles. Un autre dispositif, l’aide à l'acquisition d'une complémentaire santé, l’Acs, permet de compléter cette prise en charge pour ceux qui gagnent moins de 973 € par mois. Seul problème : le système est tellement compliqué et si peu connu que presque 70 % des personnes qui pourraient en bénéficier n’en font pas la demande ! Il faut donc simplifier ces dispositifs.

- L’Ani, soit la complémentaire obligatoire en entreprise, a abouti à une forte segmentation des couvertures : Cmu, Acs, complémentaire en entreprise, complémentaire seniors, complémentaire individuelle. Envisagez-vous une réforme pour sortir de cette complexité ?
Le slogan « la complémentaire pour tous » porté par le gouvernement est trompeur : au moins 1,7 millions de personnes ne disposent pas d’une complémentaire à l’heure actuelle.
C’est notamment pour eux que je propose de créer une mutuelle publique à 10 € par mois pour tous ceux qui vivent avec moins que le Smic. Ces personnes pourront bénéficier d’une mutuelle financée par l’Etat qui assurera le remboursement des soins indispensables. Cette réforme ne produira aucun changement pour les personnes bénéficiant de la Cmu et permettra de supprimer le dispositif complexe de l’Acs.
En outre, la situation étant particulièrement grave en matière de tarifs dentaires, mais aussi de prothèses auditives, je propose d’établir un plafonnement légal des tarifs des actes prothétiques et des soins les plus courants dans ces domaines.

- Quelle est votre position sur le tiers payant généralisé ? Quelles sont les mesures que vous préconisez pour améliorer l’accès aux soins ?
En 2015, selon une enquête de la Dress, 36 % de la population métropolitaine âgée de 18 à 64 ans déclare avoir renoncé à des soins pour des raisons financières au cours des douze derniers mois. Ce taux était de 16 % en 2010. Il est donc urgent d’agir pour améliorer l’accès aux soins. Pour ce faire, le tiers payant généralisé est une excellente idée. Mais cette généralisation ne sera efficace que si les médecins généralistes sont sécurisés par rapport à la rapidité du remboursement par la Sécurité sociale.
Par ailleurs, trop de Français n’ont plus de médecin généraliste suffisamment proche de leur domicile. Notre pays compte près de 200 déserts médicaux où vivent quelques 2,5 millions de personnes. En 2012, un rapport du Sénat avançait que le délai d’attente pour consulter un médecin spécialiste atteignait 103 jours pour un ophtalmologiste, 51 jours pour un gynécologue et de 38 jours pour un dermatologue. La situation est donc celle d’une véritable fracture sanitaire : il existe d’un côté des zones sur-dotées et de l’autre, les médecins manquent dans des territoires ruraux mais aussi dans des zones péri-urbaines et urbaines.
Pour lutter contre les déserts médicaux, je propose l’installation de médecins salariés par la Sécurité sociale dans les maisons de santé et centres de santé existants que les collectivités locales ont créés en nombre mais qui n’ont pas toujours trouvé des médecins à accueillir.
Les patients pris en charge en ambulatoire et les patients bénéficiant d’une hospitalisation à domicile pourront être suivis par les professionnels de santé des maisons de santé. Les médecins de proximité y seront secondés par les jeunes médecins ayant achevé leurs études de médecine, appelés du service national civil obligatoire qui fait partie de mes 70 propositions.  
L’Etat doit à nouveau garantir le maillage du territoire pour ce service public fondamental. Les citoyens qui - il faut le rappeler, à l’heure où certains remettent en cause notre système de Sécurité sociale  - financent le système, sont en droit d’exiger un accès à un système de santé de qualité, quelle que soit leur origine territoriale ou sociale.

Propos recueillis par Emmanuelle Heidsieck

 

Mais encore

 

- Renforcer les moyens de l'hôpital public en créant 5000 postes par an

- Baisser le reste à charge des personnes âgées et de leurs familles, à domicile comme en maison de retraite

- Créer un service public d'accompagnement de la perte d'autonomie

- Prendre en compte la pénibilité de façon simplifiée et en étendre le bénéfice pour les salariés qui pourront partir en retraite à 60 ans.

- Créer un prêt à taux zéro de 10 000 euros remboursable tout au long de la vie, pour les jeunes Français présentant un projet crédible

- Créer une allocation pour l'autonomie des jeunes de 450 euros menseuls versée sous conditions de ressources pour les jeunes étudiants et en formation, en complément de la garantie jeune

- Abroger la loi travail

- Mettre en oeuvre une Sécurité sociale professionnelle

Anne-Marie Thomazeau

 

 

 

 

 

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- Par Emmanuelle Heidsieck

Pierre Larrouturou : « Pour un régime de base étendu comme en Alsace-Moselle »

©Danny GYS/REPORTERS-REA
Candidat de Nouvelle Donne à la primaire socialiste, Pierre Larrouturou dénonce la privatisation actuelle du système de soins et veut dupliquer à toute la France le régime d’Alsace-Moselle : une cotisation supplémentaire à la Sécurité sociale et une couverture à 90 % par le régime de base. Dans ce schéma, les complémentaires n’auraient plus à intervenir que pour les suppléments de confort. Et la complémentaire en entreprise instaurée par l’Ani deviendrait une supplémentaire. L’ancien conseiller régional d’Ile-de-France se dit par ailleurs très favorable au tiers payant généralisé.

Comment voyez-vous l'articulation entre assurance-maladie de base et complémentaires santé ? Quel devrait être selon vous le panier de soins remboursable par l'assurance-maladie ?

L'assurance-maladie est en train de passer d'un régime solidaire, où chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins, à un système d'assurance individuelle où la cotisation dépend des facteurs de risque de chacun : il s'agit d'une privatisation de la « sociale ». Nous voulons, au contraire, renforcer la solidarité.
Nous étendrons le régime obligatoire sur le modèle de ce qui existe en Alsace-Moselle, créant ainsi le « Régime général étendu » (Rge). Celui-ci comprendra la Sécurité sociale actuelle et une  protection complémentaire obligatoire pour laquelle tout salarié, travailleur agricole, retraité et indépendant, cotisera un supplément de 1,5 % de ses revenus auprès de la Sécurité sociale. Le Rge couvrira 90 % des frais de santé : 100 % des consultations du parcours de soins sans dépassement d'honoraires ;  100 % des médicaments génériques ou non génériquables ; le forfait hospitalier. Les soins dentaires, les appareils auditifs et d'optique le seront à hauteur du service rendu.
La Cmu-c deviendra alors une dispense de cotisation pour la protection complémentaire obligatoire, ce qui supprimera son aspect discriminatoire. La gestion de ce régime par une caisse unique sera largement plus économique que celle des mutuelles et assurances. Le reste à charge sera alors réduit aux prescriptions dites de confort et il pourra être pris en charge par des « sur-mutuelles » mutualistes ou privées. Tous les salariés des régimes complémentaires mutualistes seront réembauchés par le Rge.

L'Ani, soit la complémentaire obligatoire en entreprise, a abouti à une forte segmentation des couvertures : Cmu, Acs, complémentaire en entreprise, complémentaire seniors, complémentaire individuelle. Envisagez-vous une réforme pour sortir de la complexité ?

La constitution de ce  Régime général étendu apparentera la contribution de l'Ani  à une sur-mutuelle qui n'interviendra donc que sur le complément confort.

Quelle est votre position sur le tiers payant généralisé ? Quelles sont les mesures que vous préconisez pour améliorer l'accès aux soins ?
Les professionnels médicaux, paramédicaux et pharmaciens sont concernés : la mise en place du tiers payant généralisé au Régime général étendu sera facilitée par l'existence d'un seul interlocuteur.
Pour lutter contre les déserts médicaux, nous mettrons en place des maisons de santé, regroupant des professionnels médicaux, en milieu rural et urbain, avec un « contrat qualité » en lien avec les collectivités locales et l'Agence régionale de santé. Pour favoriser ces réseaux de qualité, adaptés aux situations locales et générateurs d'économie, nous instaurerons le dossier médical partagé entre les acteurs médicaux (sous réserve d'acceptation par le patient) en incluant les pharmaciens d'officine.
Mais, ce qui nous paraît essentiel, c’est qu’une politique de santé s'inscrit dans les autres dimensions du projet politique. Plutôt qu'un catalogue de mesures, nous proposons un projet alternatif de profonde transformation politique et sociale. Un projet qui, sur les questions de santé comme les autres, comprend une dimension citoyenne (participation des Français aux prises de décision sur les sujets de santé publique), une dimension culturelle (suivi des programmes d'éducation à la santé) ou encore des dimensions environnementale et du médicament (limitation des prix abusifs des molécules innovantes).
Et, bien entendu, sans jamais oublier que la pauvreté, le chômage, la précarité, les inégalités sociales sont les principaux agents pathogènes. Nouvelle Donne se bat pour lutter contre ces fléaux.

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- Par Emmanuelle Heidsieck

François de Rugy : « Il faut donner une plus grande place aux mutuelles »

Candidat à la primaire socialiste, le député de Loire-Atlantique et président du Parti écologiste, François de Rugy veut donner plus de place aux mutuelles à but non lucratif à travers un « contrat de santé » que chaque patient pourrait signer avec son médecin, l’assurance-maladie et sa mutuelle. Attaché à notre système de santé solidaire et opposé à un développement des assurances privées dans ce secteur, il veut promouvoir l’écologie en santé, en luttant contre les perturbateurs endocriniens, la pollution atmosphérique et la mauvaise alimentation. Il défend par ailleurs l’Ani et le tiers payant généralisé, qui constituent « un progrès social de ce mandat ».

- Comment voyez-vous l’articulation entre assurance-maladie de base et complémentaires santé ? Quel devrait être selon vous le panier de soins remboursable par l’assurance-maladie ?
Je ne suis pas pour des déremboursements par l’assurance-maladie. Qu’est-ce que cela veut dire, comme François Fillon le propose, de centrer le régime de base sur les pathologies lourdes ? Je ne partage pas ce point de vue. Je suis au contraire très attaché au système solidaire français et je pense que les Français aussi. Ces derniers savent bien qu’avec un système davantage confié aux assurances privées, les cotisations varieraient en fonction de l’âge et de l’état de santé. Ce serait une régression.
Je pense, par ailleurs, qu’il faut donner une plus grande place aux mutuelles à but non lucratif. Très concrètement, je prône l’instauration d’un « contrat de santé » que chaque patient pourrait signer avec son médecin, l’assurance-maladie et sa mutuelle. Ce contrat garantirait une meilleure couverture et permettrait un suivi de prévention renforcée. Chacun pourrait signer ou non ce type de contrat. Je suis convaincu que le développement de la prévention est fondamental pour l’amélioration de la santé de chacun ainsi que pour réaliser des économies. Il suffit d’observer les résultats sanitaires d’un pays comme le Japon où la prévention est centrale et l’espérance de vie très élevée.
D’une façon générale, je crois que la mixité de notre système de santé est très positive. Elle existe à tous les niveaux : pour le remboursement (Sécurité sociale et complémentaires) ; pour les soins (médecins libéraux et hôpital) ; pour l’hospitalisation (hôpitaux publics et cliniques mutualistes ou privées). C’est une bonne chose. Car on risque la sclérose avec le tout-public et un accroissement des inégalités avec le tout-privé.
- L’Ani, soit la complémentaire obligatoire en entreprise, a abouti à une forte segmentation des couvertures : Cmu, Acs, complémentaire en entreprise, complémentaire seniors, complémentaire individuelle. Envisagez-vous une réforme pour sortir de cette complexité ?
Je défends l’Ani car c’est un progrès social concret de ce mandat. Avec l’Ani, 400 000 salariés qui n’avaient pas de complémentaire en ont maintenant une, prise en charge à 50 % par leur employeur. Je l’ai voté, je le revendique. Certes, il est possible que le niveau de couverture soit insuffisant dans certaines entreprises. Mais ce sera aux partenaires sociaux de négocier une couverture supplémentaire et de faire en sorte que l’employeur y participe.
 
- Quelle est votre position sur le tiers payant généralisé ? Quelles sont les mesures que vous préconisez pour améliorer l’accès aux soins ?
 Je suis très favorable au tiers payant car cela facilite l’accès aux soins des Français. Cela a été fait en pharmacie et les pharmaciens ont su le gérer avec les moyens informatiques connectés modernes. Si la droite revenait au pouvoir et qu’elle le supprimait, ce serait un non-sens. Car c'est un progrès pour les patients. A la condition, toutefois, que ceux-ci soient informés du coût de leur consultation. Il y a des efforts à faire pour plus de transparence dans le domaine de la Sécurité sociale. Les Français doivent être davantage conscients de leurs cotisations et de leurs frais de santé, ne plus circuler à l’aveugle dans le système.
Mais, ce que je tiens à défendre tout particulièrement, c’est l’écologie en santé. Cela passe tout d’abord par la lutte contre les perturbateurs endocriniens : je propose que l’on passe au peigne fin tous les produits à risque et qu’on les sorte du marché. Il faut également lutter bien plus sérieusement contre la pollution atmosphérique : je propose qu’en 2025, 100 % des voitures vendues en France soient électriques ou hybrides. Enfin, je compte mener un combat contre la mauvaise alimentation. La santé de nos concitoyens sera réellement améliorée si l’on s’attaque à ces trois enjeux, perturbateurs-pollution-alimentation. Il faut y mettre la même volonté politique que celle qu'on a mise pour lutter contre le tabagisme et l'alcoolisme. J’y mettrai toute mon énergie.

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- Par Emmanuelle Heidsieck

Jean-Luc Bennahmias : « Il faut préserver la Sécurité sociale solidaire et ne pas basculer davantage vers les complémentaires »

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Candidat à la primaire socialiste, le coprésident du Front démocrate-Union des démocrates et des écologistes (Ude), Jean-Luc Bennahmias veut préserver la Sécurité sociale solidaire et cantonner les complémentaires santé à un rôle secondaire car il y a, parmi celles-ci, des assureurs privés aux logiques purement financières. Il en appelle à une conférence réunissant partenaires sociaux, assurance-maladie et complémentaires pour remettre à plat l’Ani et simplifier le système de santé. L’ancien député européen estime par ailleurs que l’industrie pharmaceutique française doit participer à l’effort d’équilibre des comptes de l’assurance-maladie.

- Comment voyez-vous l’articulation entre assurance-maladie de base et complémentaires santé ? Quel devrait être selon vous le panier de soins remboursable par l’assurance-maladie ?
La Sécurité sociale, telle que conçue à la Libération par les travaux du Conseil national de la Résistance, doit rester dans le domaine public, basée sur la solidarité, et ne pas basculer dans ce que l’on voit aux Etats-Unis, des assurances privées dont l’accessibilité et le prix varient selon l’âge et l’état de santé, excluant, de fait, une partie de la population.
Dans ce cadre, les complémentaires santé ne peuvent être mise sur le même plan que la « Sécu » pour gérer le système de santé. Car si ces dernières étaient au départ toutes mutualistes, elles sont aujourd’hui partagées entre les mutuelles d’économie sociale et solidaire et des acteurs privés dont la seule recherche est le profit. Dès lors, le basculement dans le seul univers de l’assurance complémentaire d’une plus grande partie de la couverture santé pourrait conduire à l’affaiblissement de la dimension solidaire et mutualiste, par l’arrivée massive de grands opérateurs strictement commerciaux et financiers.
- L’Ani, soit la complémentaire obligatoire en entreprise, a abouti à une forte segmentation des couvertures : Cmu, Acs, complémentaire en entreprise, complémentaire seniors, complémentaire individuelle. Envisagez-vous une réforme pour sortir de cette complexité ?
Le maintien de la Sécurité sociale dans le domaine de la solidarité demande une simplification, nécessaire pour que chacun comprenne aisément ses droits et ses devoirs. Une conférence réunissant les partenaires sociaux, les divers acteurs de l’assurance-maladie et les complémentaires santé, devrait aboutir à une simplification et à un régime compréhensible par tous, garantie de l’égalité devant la santé.
- Quelle est votre position sur le tiers payant généralisé ? Quelles sont les mesures que vous préconisez pour améliorer l’accès aux soins ?
Le tiers payant est une bonne chose pour les utilisateurs du système de santé, à condition que sa mise en œuvre n’augmente pas les contraintes administratives ou n’occasionne pas de retards de paiement pour les médecins. On ne peut souscrire à l’argumentaire selon lequel le tiers payant cacherait la réalité du coût de la santé pour la société, puisque chacun contribue, par la Csg et diverses cotisations sociales, au financement de ce coût.
Une amélioration de l’accès aux soins est, par ailleurs, nécessaire dans les territoires à faible densité médicale comme les zones rurales ou les quartiers urbains en difficulté. Ce qui passe par le soutien à l’ouverture de Maisons de santé où l’usager peut trouver, au même endroit, comme jadis dans les dispensaires, l’ensemble des praticiens et des services de santé. Ce qui permet de mutualiser les frais d’installation, comme le loyer, l’administration et le secrétariat, favorisant ainsi la résorption des déserts médicaux et réduisant l’isolement des professionnels.
Enfin, la situation des laboratoires pharmaceutiques ne peut perdurer sans poser de graves problèmes. On ne peut continuer avec, d’un côté, de petites entités cherchant le surprofit instantané sur un médicament pour financer la recherche du prochain, et qui font monter artificiellement les prix des traitements ; et de l’autre, d’immenses conglomérats gérés en fonction de l’intérêt de l’actionnaire sur les trois mois à venir, et dont les efforts sont trop souvent guidés par un intérêt commercial. C’est pourquoi, une participation à l’effort de santé publique et d’équilibre des comptes de l’assurance-maladie doit être demandée aux acteurs de l’industrie pharmaceutique intervenant en France. En retour, l’Etat doit faire un effort pour participer plus massivement à la recherche médicale, ce qui permettra à la France de garder sa place d’excellence mondiale dans ce domaine.

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- Par Emmanuelle Heidsieck

Marie-Noëlle Lienemann : « Je veux consolider le régime de base tout en défendant les mutuelles solidaires »

©Romain BEURRIER/REA
Candidate déclarée à la primaire socialiste, avant de se désister en décembre pour « éviter un éparpillement des candidatures », la sénatrice de Paris, Marie-Noëlle Lienemann (que nous avions interrogée en novembre), aurait souhaité augmenter fortement les remboursements de la Sécurité sociale. Cela dit, l’ancienne ministre, située à l’aile gauche du Parti socialiste, se dit « mutualiste dans l’âme » et pense que les mutuelles solidaires verront leur place grandir si le champ du régime de base s’élargit, car les assurances privées devraient se détourner d’un marché devenu beaucoup moins attractif. Elle aurait voulu, par ailleurs, remettre à plat l’Ani et défend le tiers payant généralisé.

- Comment voyez-vous l’articulation entre assurance-maladie de base et complémentaires santé ? Quel devrait être selon vous le panier de soins remboursable par l’assurance-maladie ?

Je défends une forte augmentation des remboursements de la Sécurité sociale car je veux consolider le régime de base. Il faudrait atteindre, au minimum, un taux de 80 % des soins pris en charge par l’assurance-maladie et 100 % pour les lunettes et les prothèses dentaires. Trop de nos concitoyens ne peuvent correctement avoir accès à ces soins. Il y a eu trop de transferts de charges vers les complémentaires ces quinze dernières années.

Cela dit, je suis une mutualiste dans l’âme et serai toujours attentive aux mutuelles solidaires. Ma proposition réduira leurs interventions dans les remboursements sans les supprimer intégralement. Elles redeviendront de véritables acteurs venant en complément de la Sécurité sociale. Et elles pourront, par ailleurs, valoriser leurs missions naturelles d’accompagnement et de prévention. Leur place devrait également grandir dans le monde de la complémentaire car, si on élargit le champ de l’assurance-maladie, ce marché sera moins intéressant pour les assurances privées qui devraient logiquement s’en détourner. 

- L’Ani, soit la complémentaire obligatoire en entreprise, a abouti à une forte segmentation des couvertures : Cmu, Acs, complémentaire en entreprise, complémentaire seniors, complémentaire individuelle. Envisagez-vous une réforme pour sortir de cette complexité ?

L’Ani est une usine à gaz technocratique et inopérante car, en généralisant la complémentaire santé dans l’entreprise, on aboutit à une couverture à la baisse pour tous les salariés. Il y a donc une nécessité à remettre de l’ordre et à en finir avec cette segmentation des droits suivant les situations. J’ai d’ailleurs trouvé aberrant de généraliser la mutuelle avant de définir ce que rembourse la Sécurité sociale et j’ai voté contre l’Ani. J’ai souvent regretté le manque de cohérence d’ensemble et de vision globale dans la politique gouvernementale.

Pour ma part, je défends au contraire une Sécurité sociale de haut niveau et identique pour tous. Et je fais deux propositions pour son financement. D’une part, je veux renforcer la Csg en la rendant progressive et en la fusionnant avec l’impôt sur le revenu (IR). A partir de là, le premier niveau de l’IR serait consacré à la santé et ainsi sanctuarisé. D’autre part, je souhaite asseoir les cotisations non plus sur la masse salariale mais sur la valeur ajoutée, de façon que les entreprises très compétitives à faible main-d’œuvre contribuent autant que celles qui ont beaucoup de personnel.

Quelle est votre position sur le tiers payant généralisé ? Quelles sont les mesures que vous préconisez pour améliorer l’accès aux soins ? 

Je suis favorable à cette réforme du tiers payant qui va faciliter l’accès aux soins et j’espère qu’elle va entrer en vigueur. Bien sûr, il faut s’assurer que les médecins soient payés dans les temps et sans complications. 

Par ailleurs, je pense qu’un enjeu fondamental est la limitation des dépassements d’honoraires. Le gouvernement actuel a tenté de plafonner ces dépassements par un accord conventionnel avec les médecins, le contrat d’accès aux soins. Devant le peu d’efficacité de la méthode, je prône l’adoption d’une loi. 

Enfin, pour venir à bout des déserts médicaux, il faut certes multiplier les mesures incitatives mais ne pas s’interdire des actions plus contraignantes, notamment en proscrivant les primo-installations en zones sur-denses. Il faut aussi en finir avec l’absurde numerus clausus et créer des maisons de soins, organiser des réseaux pour les remplacements et, pourquoi pas, aller jusqu’à des aides financières à l’installation. Mais ce qui, selon moi, doit être la priorité absolue, c’est de faire de l’hôpital public le pilier de notre système de soins car c’est là qu’est la garantie de la qualité. Il doit avoir beaucoup plus de moyens et assurer un statut de médecin hospitalier plus attractif.

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- Par Emmanuelle Heidsieck

Gérard Filoche : « Je suis opposé à tout le système des complémentaires santé »

©Fred MARVAUX/REA
Candidat à la primaire socialiste, Gérard Filoche prône une réforme radicale : il veut supprimer les complémentaires santé et confier à la Sécurité sociale la totalité des cotisations et des remboursements. Le chef de file de l’aile gauche du Bureau national du Parti socialiste souhaite aussi la création d’un « Parlement social » à partir d’élections par les usagers de leurs représentants aux caisses de Sécurité sociale. Farouchement opposé à l’Ani, il est en revanche très favorable au tiers payant « qui doit être systématique ».

- Comment voyez-vous l’articulation entre assurance-maladie de base et complémentaires santé ? Quel devrait être selon vous le panier de soins remboursable par l’assurance-maladie ? 

 J’ai une position tout à fait tranchée et radicale : je suis opposé à tout le système des complémentaires. Je suis contre ce mille-feuille absurde, coûteux et injuste. Alors que la gestion de la « Sécu » coûte environ 4,5 % de frais de gestion, celle des autres systèmes coûte autour de 25 %. Il n’y a plus de rapport avec le mutualisme des origines. La seule vraie grande mutuelle doit être la Sécurité sociale, avec des cotisations uniques et proportionnées aux revenus. Des économies seront réalisées et on pourra enfin rembourser la lunetterie et la dentisterie, entre autres. Ce sera le retour à l’égalité devant l’accès aux soins. Il faut en finir avec le tour de vis dévastateur : soins déremboursés, hôpitaux traités honteusement comme des entreprises… tout cela au détriment des malades les plus démunis et des personnels de santé gravement surexploités et maltraités – comme on le voit encore récemment avec les infirmiers en lutte. 

Pour y parvenir, il faudra qu’une loi prévoie une hausse des cotisations à la Sécurité sociale et des remboursements, ce qui, mécaniquement, aboutira à réduire ou supprimer la place des complémentaires. Je ne dis pas qu’il n’y aura pas de résistances, mais elles seront surmontables. Que les salariés des mutuelles se rassurent à propos de l’emploi, ils seront réembauchés à la Sécurité sociale !  

Ensuite comment cela doit il être  piloté ? Démocratiquement ! Il faut revenir à une gestion par les représentants des salariés et assurés eux-mêmes, avec des élections à toutes les caisses primaires d’assurance-maladie. Cela permettrait de donner naissance à un « Parlement social ». Les syndicats pourraient faire campagne tous les cinq ans, défendre leurs programmes sociaux et cela définirait leur représentativité.

L’Ani, soit la complémentaire obligatoire en entreprise, a abouti à une forte segmentation des couvertures : Cmu, Acs, complémentaire en entreprise, complémentaire seniors, complémentaire individuelle. Envisagez-vous une réforme pour sortir de cette complexité ?  

Je me suis opposé à l’Ani, car je défends les fondements de la Sécurité sociale tels que posés dans Les Jours heureux, le programme du Conseil national de la Résistance : « Chacun contribue selon ses revenus, chacun reçoit selon ses besoins. » L’Ani a aggravé le mille-feuille diversifié et inégal d’assurances privées complémentaires au détriment des principes fondamentaux de la Sécurité sociale. Mais pour ceux qui n’avaient pas de complémentaire, est-ce que ce n’est quand même pas mieux que rien ? Je ne le crois pas. Chaque recul est justifié par ce type d’arguments : « Mieux que rien ». Le recul de tous contre le bénéfice de quelques-uns ne peut être un argument. 

Il faut signaler qu’avec l’Ani la complémentaire santé n’est pas acquise pour tous : les jeunes non salariés, les retraités et les chômeurs ne sont pas concernés. Quant aux salariés, quel est l’intérêt de l’Ani pour eux ? Un panier de soins plus réduit que tous les autres… Et des avantages prévus pour la dentisterie et la lunetterie inférieurs à ceux de la complémentaire santé liée à la Cmu-c ! 

Quelle est votre position sur le tiers payant généralisé ? Quelles sont les mesures que vous préconisez pour améliorer l’accès aux soins ? 

 Je suis favorable au tiers payant qui doit être systématique, en s’assurant d’un circuit simple et efficace pour tous les médecins. Les progrès de la numérisation devraient permettre cela.

Par ailleurs, il faut supprimer immédiatement le numerus clausus et former un nombre important de médecins compétents, non seulement pour nos besoins nationaux mais aussi pour les « exporter » dans les pays en développement qui en ont tant besoin et avec lesquels nous coopérons.

Pour lutter contre les déserts médicaux, il n’est pas difficile de faciliter des parcours assistés de médecins jeunes ou en cours de carrière, avec des aides et des subventions. 

 

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- Par Emmanuelle Heidsieck

Nicolas Sarkozy : « L’assurance-maladie ne doit pas systématiquement tout rembourser »

Candidat à la primaire de la droite et du centre, Nicolas Sarkozy souhaite ramener les remboursements de l’assurance-maladie de 76 % à 73 %, notamment en revoyant à la baisse la prise en charge des Ald (affections de longue durée). L’ancien président de la République considère que les complémentaires ont vocation à être associées à la gestion du risque santé, envisage de revenir sur le « contrat responsable » et confirme son intention de supprimer le tiers payant généralisé car il ne veut pas que « les médecins deviennent fonctionnaires ».

- Comment voyez-vous l’articulation entre assurance-maladie de base et complémentaires santé ? Quel devrait être selon vous le panier de soins remboursable par l’assurance-maladie ?
Avec 76 % de prise en charge, nous sommes parmi les plus généreux du monde. J’estime que l’assurance-maladie doit être plus performante, notamment sur la gestion des Ald et, par ailleurs, ne pas tout rembourser systématiquement. Il faut être efficace, y compris dans la gestion de notre panier de soins. C’est pourquoi je propose de revenir à 73 % de taux de prise en charge par l’assurance-maladie obligatoire.
Concernant la place respective de chacun, la question est de savoir si la part des soins couverte par l’assurance maladie obligatoire doit rester ce qu’elle est, ou si elle doit trouver une autre ligne de partage avec les assurances complémentaires. Là aussi, il faut être pragmatique et évaluer la place de chacun en fonction des résultats sur l’état de santé de la population, en obtenant des garanties sur les prix, la qualité et l’accès aux professionnels.
Si les complémentaires ont vocation à être associées aux actions de gestion du risque, la contrepartie nécessaire est d’avoir une plus grande lisibilité et comparabilité des contrats complémentaires, ainsi que de connaître la réalité du reste à charge après paiement par la complémentaire, sans omettre le coût des primes versées.

- L’Ani, soit la complémentaire obligatoire en entreprise, a abouti à une forte segmentation des couvertures : Cmu, Acs, complémentaire en entreprise, complémentaire seniors, complémentaire individuelle. Envisagez-vous une réforme pour sortir de cette complexité ?
Cette complémentaire obligatoire en entreprise a été décidée dans la précipitation, créant ainsi des zones d’incertitude pour les entreprises. Je souhaite ici donner davantage de temps aux entreprises. Nous devons aussi nous interroger sur le contrat responsable et trouver un meilleur équilibre de la prise en charge. Les entreprises doivent avoir plus de liberté de choix. En raison de la segmentation du marché entre actifs et retraités, je préconise l'amélioration de l'Acs (Aide au paiement d’une complémentaire) pour les retraités.

- Quelle est votre position sur le tiers payant généralisé ? Quelles sont les mesures que vous préconisez pour améliorer l’accès aux soins ?
Ma position sur le tiers payant généralisé est claire. Je suis pour la responsabilisation du patient. Je ne veux pas que les médecins deviennent fonctionnaires et qu’on crée de nouvelles taches administratives pour les médecins déjà surchargés. Il faut simplifier toutes ces normes pour que le médecin retrouve du temps médical.
Je veux engager, dès l’été 2017, un plan « Médecine libérale 2020 », qui sera une grande loi du prochain quinquennat, pour redonner confiance aux jeunes médecins, infirmières, sages-femmes. Je veux redonner toute sa place à la médecine libérale en améliorant la rémunération, notamment dans les déserts médicaux, car je crois à l’incitation et non à la contrainte en la matière.
Il y a aussi d’autres mesures à prendre. Je pense notamment à la télémédecine, à la possibilité de transférer certaines tâches, à la création de maisons de santé pour répondre à la demande des médecins de ne pas être isolés, à la consultation avancée en utilisant des ressources hospitalières si besoin… Les solutions sont nombreuses et il faut avoir le courage d’avoir des idées neuves pour la médecine de demain.

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- Par Emmanuelle Heidsieck

Jean-François Copé : « L’Ani est complexe et illisible, à l’image du quinquennat qui s’achève »

©HAMILTON/REA
Candidat à la primaire de la droite et du centre, le député de la Seine-et-Marne et maire de Meaux, Jean-François Copé, juge très sévèrement l’Ani, qu’il veut remettre à plat. Il veut, par ailleurs, définir un vrai partenariat entre assurance-maladie de base et complémentaires, et donner à ces dernières un accès aux données de santé et un pouvoir de décision qu’elles n’ont pas aujourd’hui. Il veut également en finir avec le paritarisme à la Sécu.

- Comment voyez-vous l’articulation entre assurance-maladie de base et complémentaires santé ? Quel devrait être selon vous le panier de soins remboursable par l’assurance-maladie ?
Je suis très fortement attaché à la place centrale de l’assurance-maladie obligatoire. Toutefois, il faudra revoir l’organisation actuelle du système. Ainsi, les liens doivent être renforcés entre le régime obligatoire et les complémentaires afin de bâtir une véritable stratégie de « partenariat », un co-pilotage (meilleur accès aux bases de données, associations aux décisions structurante…).
Dès le début du quinquennat, il faudra mettre autour de la table l’ensemble des acteurs afin de définir le « panier de soins de base » qui relève de l’assurance-maladie et ce qui relève des complémentaires. Il paraît évident que la première se concentrera sur les soins les plus lourds (hospitalisations, médicaments onéreux comme les anti-cancéreux, etc.).
Concernant l’optique et le dentaire, je souhaite que l’assurance-maladie réinvestisse ce champ avec une meilleure prise en charge pour les soins courants.
La prévention aura un rôle central dans la nouvelle définition de la place des complémentaires dans notre système de santé. Les mutuelles commencent à jouer ce rôle et il doit s’amplifier. Je n'ai pas d’opposition de principe à ce qu'elles participent à la santé publique en modulant le financement en fonction des comportements positifs ou négatifs de leurs adhérents.
Plus généralement, je souhaite avant tout en finir avec le paritarisme dans la gestion de l’assurance-maladie et la cogestion avec des syndicats comme la Cgt. Je crois qu’il faut moderniser cette gouvernance en fusionnant l’ensemble des régimes et en transformant les Caisses nationales en Agence nationale de l’assurance-maladie (Aanam), qui serait autonome mais avec des objectifs fixés par l’Etat.
- L’Ani, soit la complémentaire obligatoire en entreprise, a abouti à une forte segmentation des couvertures : Cmu, Acs, complémentaire en entreprise, complémentaire seniors, complémentaire individuelle. Envisagez-vous une réforme pour sortir de cette complexité ?
On est bien loin du « choc de simplification ». Je le dis sans détour : il faudra complètement remettre à plat cette obligation des complémentaires d’entreprises, mise en place par les syndicats et le gouvernement de M. Hollande. Les Français n’y comprennent plus rien, cela pèse sur les entreprises, et les assureurs n’en sont pas plus satisfaits. Il s’agit là d’une réforme à l’image du quinquennat qui s’achève.
Il faudra évidemment rendre beaucoup plus lisible l’ensemble des dispositifs pour que chacun s’y retrouve.
 
- Quelle est votre position sur le tiers payant généralisé ? Quelles sont les mesures que vous préconisez pour améliorer l’accès aux soins ?
L’obligation du tiers payant généralisé est une aberration : elle n’est utile ni pour réduire les difficultés d’accès aux soins ni pour simplifier le travail des professionnels. Il faudra évidemment revenir dessus.
Par ailleurs, je souhaite un langage de vérité : la difficulté à trouver un médecin est un vrai sujet pour les Français, et pas seulement en Corrèze !
La lutte contre les déserts médicaux comporte trois enjeux :
- l’attractivité de nos territoires afin que les professionnels aient envie de s'y installer. Je ne crois absolument pas aux mesures simplistes obligeant les professionnels à s’installer dans tel ou tel territoire ;
- une formation obligatoire durant le cursus à la médecine libérale afin que ce mode d’exercice soit mieux connu. Il s’agit d’une nécessité alors que seulement 10 % des jeunes médecins s’installent en libéral après leurs études ;
- et enfin, évidemment, accepter de mieux rémunérer les médecins choisissant de s’installer en zone déficitaire.

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- Par Emmanuelle Heidsieck

Nathalie Kosciusko-Morizet : « Je propose de mettre fin à notre système de santé à deux étages»

©Gilles ROLLE/REA
Candidate à la primaire de la droite et du centre, la députée de l’Essonne et chef de l’opposition Les Républicains au Conseil de Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet prône un total bouleversement du système : selon elle, les complémentaires ne devraient plus intervenir en complément de l’assurance-maladie, mais au premier euro pour certaines prestations de santé. Elle se dit cependant opposée à une américanisation du système.

 - Comment voyez-vous l’articulation entre assurance-maladie de base et complémentaires santé ? Quel devrait être selon vous le panier de soins remboursable par l’assurance-maladie ?
Je propose de sortir du système actuel à deux étages pour chaque prestation et de n’avoir qu’un seul financeur par prestation de santé. C’est essentiel pour une meilleure efficience et capacité à financer les innovations. Les organismes d’assurance privés sont déjà les premiers financeurs en dentaire et en optique, ils le resteront, mais avec un financeur pour un acte. La part publique de 78 % de prise en charge n’a pas de raison d’évoluer sensiblement dans les prochaines années.
Pour réguler les complémentaires santé, je propose d’établir un contrat homogène standard souscrit par chaque Français, mais dont les garanties seront définies chaque année au sein du Plfss. La mise en concurrence des assureurs privés permettra d’optimiser les primes et les services associés à ce contrat. Une agence de régulation de l’assurance-privée en santé sera créée et veillera notamment à l’absence de sélection des risques.
Cependant, seule l’assurance-maladie solidaire peut piloter les soins et la régulation des professionnels de santé, sans quoi nous allons vers une américanisation du système à laquelle je suis opposée et que le gouvernement actuel a largement favorisé avec la loi Le Roux sur les réseaux de soins du 19 décembre 2013.

- L’Ani, soit la complémentaire obligatoire en entreprise, a abouti à une forte segmentation des couvertures : Cmu, Acs, complémentaire en entreprise, complémentaire seniors, complémentaire individuelle. Envisagez-vous une réforme pour sortir de cette complexité ?
La généralisation des contrats collectifs de M. Hollande est une grande erreur puisqu’elle va surenchérir le coût des contrats individuels et tirer vers le bas les contrats collectifs. Ces derniers vont se limiter à des contrats de base (les fameux contrats Ani) qui ne protègent pas vraiment, ce qui va obliger les assurés à payer une surcomplémentaire. En réalité, ces surcomplémentaires sont un leurre pour riches, elles seront inaccessibles à la classe moyenne. Voilà un bel exemple de politique qui va aboutir à l’inverse de son objectif affiché, un meilleur accès aux soins.
Le nouveau système de financement que je propose permet de mettre fin à cette aberration de la segmentation en mutualisant la couverture privée en santé sur l’ensemble de la population avec le contrat homogène standard. Les citoyens pourront mettre en concurrence l’ensemble des organismes d’assurance santé privés sur un contrat parfaitement compréhensible pour eux, qui sera facilement comparable grâce à un comparateur public accessible sur Internet. Les assureurs seront incités à proposer des services innovants pour accompagner les individus dans la gestion de leur capital santé grâce aux multiples innovations numériques.

Quelle est votre position sur le tiers payant généralisé ? Quelles sont les mesures que vous préconisez pour améliorer l’accès aux soins ?
J’abrogerai la généralisation du tiers payant pour l’assurance-maladie. Sans participation financière des patients dans le financement des soins courants, on va vers une hausse plus forte des dépenses de santé. C’est l’inverse d’une politique de maîtrise des dépenses.
Le tiers payant généralisé, en raison de sa lourdeur administrative, est un facteur supplémentaire de désincitation des jeunes médecins pour s’installer. Or, les médecins libéraux croulent déjà sous la bureaucratie pour laquelle ils passent près de 20 % de leur temps. Notre médecine de ville a été la plus efficace au monde au XXe siècle, grâce à un exercice libéral qui a permis une bonne répartition sur tout le territoire et qui responsabilisait les médecins. Il faut repenser cet exercice libéral et l’adapter au XXIe siècle.

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- Par Emmanuelle Heidsieck

Nicolas Sarkozy veut réduire de 6 milliards d’euros les remboursements de l’assurance-maladie

HAMILTON/REA
A l’occasion de la présentation de son projet « protection sociale et santé », l’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, a indiqué qu’il veut réduire fortement les remboursements de l’assurance-maladie. Une option qui implique un renforcement du rôle des organismes complémentaires, mais aussi une mise à contribution financière des patients qu’il veut « responsabiliser ». Il prévoit d’introduire l’interdiction du déficit de l’assurance-maladie car « c’est la seule manière d’obliger à la réformer ».

Dans la perspective de l’élection présidentielle, le président des Républicains, Nicolas Sarkozy, a présenté son projet en matière de protection sociale et de santé, ce 25 mai au siège du parti. Un programme qu’il a décidé de placer, non pas comme en 2007 sous le signe de la « rupture », mais sous celui de la « refondation ». Une terminologie en apparence plus mesurée, mais des propositions toujours aussi tranchées. Car, a-t-il affirmé en préambule, si « la Sécurité sociale à la française est un élément de notre civilisation », elle est « à bout de souffle ». Dès lors, l’ancien président de la République propose un objectif choc : la réduction des remboursements de l’assurance-maladie de 76 % à 73 %, soit 6 milliards d’euros d’économie et une méthode non moins choc : l’obligation de l’équilibre des comptes de la Sécurité sociale. « Nous voulons interdire les déficits de la Sécurité sociale. C’est la seule manière d’obliger à la réforme. C’est un peu brutal, mais cela oblige à se poser des questions de fond », a précisé le secrétaire général des Républicains, Eric Woerth. Ce plan d’ensemble devrait fonctionner avec un Ondam (Objectif national des dépenses d'assurance-maladie) limité à 1,75 % par an, de façon à ralentir la croissance des dépenses de santé.

Pour parvenir à cet équilibre, il est question de réexaminer le « panier de soins pris en charge par l’assurance-maladie pour le concentrer sur les dépenses les plus utiles ». Une option qui devrait conduire mécaniquement à des transferts de charge de la Sécurité sociale vers les organismes complémentaires. Mais pas seulement. Selon Eric Woerth, le projet vise aussi à « responsabiliser les citoyens ». Ces derniers verraient donc leur reste à charge augmenter s’ils ne suivent pas un parcours de soins revisité et rebaptisé « parcours de prévention » pour tenir compte des innovations, du numérique et d’une médecine moins curative. « Nous réexaminerons la participation financière des assurés au paiement des dépenses », peut-on lire ainsi dans le texte du programme. 

D’autres pistes d’économies sont prévues, comme un accès beaucoup plus strict à la prise en charge des patients en Ald (affection de longue durée), la suppression de l’Ame (aide médicale d’Etat) qui permet actuellement aux étrangers en situation irrégulière d’accéder aux soins, une réforme profonde de l’hôpital et, ce qui est une vraie nouveauté, une fusion des différents régimes d’assurance-maladie qui permettrait de réduire les frais de gestion.  

Par ailleurs, Nicolas Sarkozy a annoncé qu’il « souhaite encourager la souscription d’une assurance dépendance auprès des divers organismes mutualistes ou autres, par le biais d’une incitation fiscale ». Et a confirmé, s’il en était besoin, qu’il compte bien « abroger instantanément cette idée folle du tiers payant qui déresponsabilise les patients ». 

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- Par Emmanuelle Heidsieck

Bruno Le Maire : « Je souhaite le développement de l’assurance-maladie de base »

Agence Réa
Candidat à la primaire de la droite et du centre, le député de l’Eure, Bruno Le Maire, se distingue de ses concurrents en préconisant une hausse des remboursements de l’assurance-maladie, spécifiquement en optique et en dentaire. Il considère dans le même temps que l’action des complémentaires doit être valorisée et mieux coordonnée avec celle de la Sécurité sociale. Il s’insurge par ailleurs contre l’Ani, soit la couverture obligatoire collective, qu’il estime à contre-courant des aspirations de notre temps. Et se dit pour l’abrogation du tiers payant généralisé.

 

 

- Comment voyez-vous l’articulation entre assurance-maladie de base et complémentaires santé ? Quel devrait être selon vous le panier de soins remboursable par l’assurance-maladie ? 

Une chose me distingue des autres candidats de ma famille politique : je ne suis pas favorable au recul de la couverture obligatoire, et je souhaite au contraire son développement pour les soins dentaires et optiques. Mon gouvernement prendra ainsi des mesures concrètes pour que l’assurance-maladie rembourse mieux les lunettes, en proposant une paire de qualité remboursée à 100 % tous les quatre ans, ainsi que les prothèses dentaires, en diminuant les restes à charge de 25 %. Pour moi, ces soins ne relèvent pas du confort. Pour ce qui concerne le panier de soins, il doit permettre à tous de bénéficier des progrès médicaux, des derniers traitements. C’est pourquoi il doit clairement rester financé sur les principes de justice et de solidarité.

Cependant, le manque actuel de coordination entre assurance-maladie de base et complémentaires (en matière de prévention, d’éducation thérapeutique, de prises en charge) est devenu problématique. Pour les patients, il est important que les assureurs, de base et complémentaire, qui aspirent à devenir leurs partenaires santé, agissent de concert, coordonnent leurs actions et leurs interventions auprès de lui. Sur le terrain, il est important que la relation plus personnalisée que peut apporter la complémentaire prolonge et renforce celle de l'assurance de base, et que l'assurance de base, qui est la seule à intervenir pour les maladies les plus graves, s’inspire de « l'orientation patient » des meilleures complémentaires. 

- L’Ani, soit la complémentaire obligatoire en entreprise, a abouti à une forte segmentation des couvertures : Cmu, Acs, complémentaire en entreprise, complémentaire seniors, complémentaire individuelle. Envisagez-vous une réforme pour sortir de cette complexité ? 

Oui ! Je considère que la couverture complémentaire obligatoire collective par l’intermédiaire de l'entreprise est non seulement à rebours de l'évolution sociale, de l’évolution des relations de travail, mais est également inefficace car elle se traduit pour bon nombre de Français par une baisse de leur niveau de couverture. Pourquoi vouloir tout imposer par le haut, tout uniformiser, choisir à la place de chaque individu ? Assujettir, par l'intermédiaire de l’employeur au lieu de laisser le choix au citoyen, banaliser et dégrader le niveau de la couverture complémentaire au lieu de la personnaliser est à contre-courant des aspirations de notre temps. En outre, cette réforme a de graves conséquences pour ceux qui ne sont pas salariés, à commencer par les retraités, les chômeurs et les étudiants. Pour eux, de la segmentation à la « désolidarisation », il n’y a qu'un pas. Moi, je suis pour la sanctuarisation de la solidarité. Alors, oui pour la généralisation de la couverture santé, mais pas comme ça. Je veux permettre l'égal accès égal de tous au système de santé. 

- Quelle est votre position sur le tiers payant généralisé ? Quelles sont les mesures que vous préconisez pour améliorer l’accès aux soins ? 

J’abrogerai le tiers payant généralisé, qui a été mis en place de façon bureaucratique et va compliquer le travail des médecins, sans apporter de plus aux patients. Pourquoi imposer aux médecins des contraintes administratives qui dévalorisent leur compétence et leur formation, d'autant plus que les médecins pratiquent déjà le tiers payant pour leurs patients en situation financière difficile ? Parlons aujourd’hui plutôt d’accès à la santé et pas seulement d’accès aux soins. Le renoncement à la santé est multifactoriel et ne parler que de son aspect financier interdit de traiter cette problématique dans sa globalité, et notamment de mettre en œuvre une véritable politique de prévention.

 

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- Par Emmanuelle Heidsieck

Alain Juppé : « Je suis très attaché à notre couverture maladie à deux niveaux »

©Sebastien ORTOLA/REA
Candidat à la primaire de la droite et du centre, le maire de Bordeaux, Alain Juppé, dit ne pas vouloir réduire les remboursements de l’assurance-maladie comme certains de ses concurrents. Mais il veut revoir les critères de la prise en charge des soins par la Sécurité sociale, envisage de revenir sur l’Ani qu’il déplore, et prône la suppression du tiers payant généralisé.

- Comment voyez-vous l’articulation entre assurance-maladie de base et complémentaires santé ? Quel devrait être selon le panier de soins remboursable par l’assurance-maladie ?

Notre couverture maladie à deux niveaux, avec une assurance-maladie de base gérée par la Sécurité sociale et des organismes complémentaires dans leur diversité - mutuelles, institutions de prévoyance et assurances privées -, est une caractéristique du modèle français. J’y suis très attaché, car c'est grâce à ce modèle que le reste à charge des ménages est très inférieur à celui de la plupart des pays voisins. 

Il faut donc le conforter et améliorer son pilotage dans le respect du rôle de chacun. C’est vrai aussi du panier de soins remboursable : on doit être beaucoup plus exigeant sur les critères médicaux des remboursements. Je suis frappé que les renoncements aux soins pour des raisons financières concernent surtout des domaines d’action privilégiés des complémentaires santé, comme l’optique et le dentaire : il faut absolument progresser dans ce domaine.

Certains proposent de réduire les taux de remboursement de l’assurance-maladie. Ce serait une profonde injustice, qui frapperait d’abord les Français les moins aisés et les classes moyennes. Je veux au contraire les maintenir. Il est inacceptable que l’on renonce à se soigner pour des raisons financières ou parce qu’on ne trouve pas de médecin près de chez soi : je souhaite que le nombre de personnes qui renoncent à des soins cesse de croître puis diminue.

- L’Ani, soit la complémentaire obligatoire en entreprise, a abouti à une forte segmentation des couvertures : Cmu, Acs, complémentaire en entreprise, complémentaire seniors, complémentaire individuelle. Envisagez-vous une réforme pour sortir de cette complexité ? 

La politique du gouvernement de François Hollande a été d’une grave inconséquence et est typique d’une réforme mal pensée. La généralisation de la couverture santé prévue par l’Ani puis par la loi du 14 juin 2013 n’a en effet concerné que ceux qui ont un emploi. Or, les personnes qui étaient les plus mal couvertes étaient, le plus souvent, celles qui n’ont pas d’emploi, comme les chômeurs de longue durée ou les personnes âgées. Sans compter le fait que les cotisations de ceux qui doivent s’assurer à titre individuel - dont beaucoup de retraités - risquent d’augmenter de façon substantielle.

Cette situation n’est pas acceptable. Il faudra que les partenaires sociaux et les acteurs de l’assurance-maladie complémentaire se mettent autour de la table pour faire très rapidement de nouvelles propositions.

 - Quelle est votre position sur le tiers payant généralisé ? Quelles sont les mesures que vous préconisez pour améliorer l’accès aux soins ? 

Je l’ai dit et répété : je suis contre le tiers payant généralisé. Je refuse en effet cette gratuité factice des soins car je veux une responsabilisation accrue de tous. Il sera donc abrogé.

L’accès aux soins et la lutte contre les déserts médicaux est un chantier essentiel. Mais ces déserts ne sont pas que médicaux. Agir, c'est rendre leur attractivité à tous les territoires, et cela concerne l’emploi, les transports et un accès au très haut débit numérique. Il faut aussi une palette d’incitations, dans le respect du principe fondamental de la liberté d’installation : attribution par les collectivités territoriales d’aides financières, aides à l’installation de professionnels regroupés dans des maisons médicales, attribution de bourses aux futurs médecins en contrepartie d’une installation localisée… Enfin, je veux donner aux usagers du système de soins la possibilité d’alerter les pouvoirs publics, via une plate-forme santé sur Internet, des difficultés d’accès aux soins auxquelles ils sont confrontés.

 

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- Par Emmanuelle Heidsieck

Bruno Le Maire veut renforcer l’assurance-maladie et non les complémentaires

©HAMILTON/REA
Contrairement à ses concurrents à la primaire de droite, Bruno Le Maire estime qu’il est important de renforcer l’assurance-maladie et non les complémentaires santé. Cependant, le volet financier de son « contrat présidentiel » prévoie des économies et une baisse de la CSG qui pourraient fragiliser le régime de base.

C’est un programme atypique qu’a présenté Bruno Le Maire, ce mercredi 21 septembre dans le cadre d’un « Grand rendez-vous » de l’AJIS (Association des journalistes de l’information sociale). En matière de protection sociale et de santé, ses propositions se distinguent en effet nettement de celles des autres candidats à la primaire de droite. Avec une différence majeure : lui veut renforcer l’assurance-maladie et non les complémentaires santé, alors que ses adversaires (Sarkozy, Juppé, Fillon) prônent tous, chacun à leur manière, un désengagement du régime de base au profit des assureurs, mutuelles et institutions de prévoyance. « Je refuse la privatisation de la Sécurité sociale car je considère que c’est un élément clé de la nation française » a-t-il ainsi affirmé. 

Dans cette optique, il défend deux mesures phares et peu courantes : d’une part la suppression de l’ANI, c’est-à-dire la fin de l’adhésion obligatoire à une complémentaire en entreprise qu’il juge « scandaleuse » ; d’autre part, une forte hausse des remboursements de la Sécurité sociale en optique et en dentaire (estimée à 2 milliards d’euros). Selon cette seconde proposition, chaque Français pourrait se faire rembourser par l’assurance-maladie une paire de lunettes à 100% tous les 4 ans (au lieu d’une prise en charge de 4% aujourd’hui) et verrait diminuer de 20% le reste à charge pour les couronnes.

Cela dit, Il est des sujets sur lesquels Bruno Le Maire rejoint la ligne des Républicains. Comme ses principaux concurrents à la primaire, il veut supprimer le tiers payant généralisé auquel il se dit « farouchement opposé » et l’AME (Aide médicale d’Etat) qu’il remplacerait par une « aide médicale limitée aux urgences pour les étrangers en situation irrégulière ». Surtout, cette volonté affichée de promouvoir l’assurance-maladie de base semble peu en phase avec le volet financier de son programme. Car, il souhaite que cette dernière réalise tout de même 16 milliards d’euros d’économies, dans le cadre d’un Ondam (Objectif national des dépenses d’assurance-maladie) ramené à 1% par an contre 1,75% en 2016. Et compte pour cela sur des déremboursements de médicaments, sur une réduction des dépenses de fonctionnement (dans les caisses d’assurance-maladie, les ARS et au ministère de la Santé), sur une franchise de 40 euros non remboursable en cas de prise en charge aux urgences sans qu’il y ait d’urgence et sur une seconde franchise pour les consultations de ville qui ne sont pas honorées et pas décommandées à l’avance. « Les économies passent par une meilleure responsabilisation des patients » a-t-il indiqué, tout en précisant que « les urgences pédiatriques ne sont pas concernées » par ce surcoût pour les malades de 40 euros à l’hôpital. Par ailleurs, si l’on se réfère à la section de son « contrat présidentiel » qui s’intitule « Une France qui lève la pression fiscale », on constate que Bruno Le Maire compte baisser la CSG de 6,2% à 6% pour l’assurance-maladie, soit un manque à gagner pour cette dernière de 2,4 milliards d’euros. 

 

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