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La Sécu a 70 ans...

Bruno Palier : « Mettons le paquet sur l'éducation et la prévention tout au long de la vie »

Anne-Marie Thomazeau

La Sécurité sociale a 70 ans. Comment va-t-elle ?

On peut considérer qu'elle a bien rempli les missions qui lui avaient été fixées à sa création en 1945, c'est-à-dire d'apporter un soutien aux familles et de les sécuriser face aux accidents de la vie. La Sécurité sociale a permis une amélioration considérable du niveau de vie des Français, en particulier des retraités. Dans les années 1960, ces derniers étaient pauvres, c’est beaucoup moins le cas avec la montée en charge de nos régimes de retraite (de base et complémentaire). La Sécu a aussi favorisé le maintien en France d'un bon taux de fécondité qui perdure et a permis d’améliorer considérablement l’état de santé de la population.

Elle génère aussi de nouvelles inégalités
En effet, en soixante-dix ans, le monde a changé. Notre système de Sécurité sociale a été conçu dans une période de plein emploi, essentiellement de production industrielle, pour des familles dans lesquelles seul l'homme travaillait. Le pacte de Sécurité sociale était de protéger le salarié en cas de maladie, d'invalidité, de retraite. Depuis, les changements ont été majeurs avec l'arrivée des femmes sur le marché du travail et l'apparition d'un chômage de masse qui persiste à un niveau très élevé et génère de nouveaux besoins sociaux.

Faut-il refonder notre système de protection sociale ?
Il faut d'abord reprendre les choses dans le bon sens. Je suis toujours étonné que, lorsque l'on parle de la Sécurité sociale, on évoque d'abord le bout de la chaîne : les retraites et l'assurance-maladie. Il faudrait, à l'inverse, s'intéresser à l'investissement social en amont. Il faut mettre le paquet sur la petite enfance, l'éducation, la prévention et la formation tout au long de la vie. En créant des emplois, mais surtout des emplois de qualité, la question du financement des retraites ne se posera plus... Ou moins.

Avec quels financements ?
On ne peut pas augmenter les dépenses de façon inconsidérée. Mais on peut opérer des redéploiements qui seraient plus équitables et efficaces. Par exemple, il est difficile aujourd'hui de comprendre qu'il existe encore des dérogations fiscales pour les ménages les plus aisés.
Difficile à comprendre aussi que l'on consacre 27 milliards d'euros d'exonérations fiscales sur les emplois à bas coût, c'est-à-dire une incitation pour les employeurs à créer de mauvais emplois, mal rémunérés. Ces incitations sont en partie inefficaces, puisqu’il faut parfois dépenser plus de 62500 euros pour soutenir la création d’un emploi de ce type. Cet argent pourrait être utilisé pour former et créer des emplois durables, de qualité, bien rémunérés et permettant de réamorcer la pompe des cotisations sociales.

* Refonder le système de protection sociale : pour une nouvelle générations de droits sociaux, Bruno Palier, Bernard Gazier, Hélène Périvier, les Presses de Sciences po, 14 euros.

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