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Environnement

Cancer du sein : 17 substances chimiques particulièrement néfastes

Brigitte Bègue
Blanchisserie
© Jim WEST/REPORT DIGITAL-REA

Actuellement, 1 femme sur 8 en Europe est touchée par le cancer du sein. En France, 48 763 nouveaux cas sont déclarés chaque année et 12 000 femmes en meurent. « L'amélioration du dépistage n'explique pas la totalité de l'augmentation des cas de cancers du sein ces vingt dernières années », a précisé Patrice Sutton, chercheuse au sein du Programme de santé reproductive et de l'environnement, à l'université de californie San Francisco (Etats-Unis), lors d'une conférence de presse organisée par la branche française du réseau WECF (Women in Europe for a Common Future) et soutenue par la députée européenne Michèle Rivasi d'Ecologie Les Verts.

Les perturbateurs endocriniens en cause

Les cancers du sein d'origine génétique liés à la mutation BRCA 1 et 2 ne justifient pas non plus cette explosion. « La plupart des femmes ne sont pas porteuses des gènes incriminés, elles n'ont pas non plus de parents ayant été atteints par ces tumeurs », a souligné pour sa part Janet Ackerman, chercheuse au Silent Spring Institute à Boston (Etats-Unis).

En revanche l'environnement, et notamment l'impact des pertubateurs endocriniens (ces produits capables d'altérér le fonctionnement de nos hormones) est de plus en plus souvent pointés dans le développement de ces maladies. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé 19% des cancers, tous confondus, sont attribuables à des causes environnementales et tuent 1,3 millions de personnes dans le monde.

« Nous avons des quantités de données scientifiques validées, a rappellé Elisabeth Ruffinengo du WECF. Maintenant, nous attendons des mesures politiques en faveur de la prévention primaire. Car si les pertrubateurs endocriniens sont invisibles, leurs conséquences, elles, sont visibles ».

Tous les bébés qui naissent sont pré-pollués

D'après Patrice Sutton, une américaine enceinte est contaminée par au minimum 43 substances chimiques toxiques présentes dans l'air, l'eau, les aliments, les produits de consommation courante... « Tous les bébés qui naissent aujourd'hui sont prépollués », a-t-elle souligné. Or, l'exposition à ces produits avant et pendant la grossesse « peut avoir des impacts sur la santé du nourrisson, de l'enfant, de l'adulte et des générations futures », a t-elle ajouté.

En 2013, l'Organisation Mondiale de la Santé rapportait que les maladies dépendant de problèmes hormonaux étaient en progression : troubles de la reproduction, du développement chez les enfants, diabète de type 2, cancers hormono dépendants, pubertés précoces, etc.

En ce qui concerne le cancer du sein, dans une étude publiée en mai dernier, sur 200 produits chimiques auxquels ont été exposés des rats de laboratoire, Janet Ackerman et son équipe a pu identifié que 17 de ces substances étaient particulièrement délétères. « C'est donc elles qu'il faut cibler prioritairement pour la prévention de ce cancer », spécifie la chercheuse américaine.

Gare aux diesel, textiles anti-tâches, solvants...

Parmi eux, on trouve des substances présentes dans l'essence, le diesel et d'autres gaz d'échappement, des retardateurs de flamme (utilisées dan sles plastiques et les mousses), des textiles antitâches, des décapants à peinture, des dérivés de produits de désinfection de l'eau potable, des teintures capillaires, des huiles de cuisine chauffées, la fumée de cigarettes, la mousse en polyuréthane, les solvants (colles, nettoyage à sec, dégraissants...), les emballages alimentaires en polystyrène, etc.

Pour la chercheuse, il est d'ores et déjà possible d'utiliser des biomarqueurs pour mesurer ces cancérogènes mammaires potentiels dans le corps des femmes à partir d'échantillons d'urines, de sang, de lait maternel, de cheveux ou de salive. « Cela permettrait de suivre les expositions et évaluer les meilleures stratégies pour les réduire », note Janet Ackerman.

Des médecins américains se mobilisent

En attendant, les professionnels de santé américains commencent à se mobiliser. En 2013, l'Association américaine de gynécologues et d'obstétriciens américains (American Congress of Obstetricians and gynecologists) et la Société américaine pour la médecine reproductive (American society for reproductive medecine) ont publié une déclaration commune qui appelle « à une action opportune pour identifier et réduire les agents environnementaux présents dans l'environnement tout en s'attaquant aux conséquences de ces expositions ».

En France, une Stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens a été adoptée l'année dernière. Mais on attend toujours celle de la Commission Européenne. Annoncée pour 2014, elle a été repoussée à 2015 sous le poids des lobbys qui ont demandé une étude sur les conséquences économiques de l'interdiction ou de la restriction de certains perturbateurs. C'est ce qui s'appelle gagner du temps.

 

A SAVOIR :

A l'initaive du WECF, un colloque intitulé « Cancer du sein, santé reproductive des femmes et perturbateurs endocriniens : de sconnaissances aux mesures de prévention » se tiendra à Lyon le 14 octobre.

 

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