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Environnement

Des rats perturbés par les ondes électromagnétiques

Sylvie Boistard

Pour la première fois, une étude sur de jeunes rats, conduite par l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris) et l'université de Picardie Jules-Verne, montrent des effets biologiques des ondes électromagnétiques sur les fonctions de l'équilibre énergétique. Chez les rongeurs, le sommeil, la prise alimentaire et la régulation de la chaleur interne sont modifiés.

Pour leur étude, entièrement financée par des fonds du ministère de l’Ecologie et du Développement durable et dont les résultats ont été publiés dans la revue Environmental Science and Pollution Research, les auteurs ont exposé treize rats, en continu pendant cinq semaines, à des ondes d’une fréquence de 900 MHz et d’une intensité d’1 V/m, beaucoup plus faible que les seuils légaux. Les paramètres physiologiques et comportementaux de ce groupe ont été mesurés la 6e semaine à deux températures différentes, 24 °C et 31 °C, et ont été comparés à ceux d’un groupe témoin de onze rongeurs, non exposés.

Les chercheurs ont ainsi constaté que les rats exposés ont une moins bonne régulation thermique, un plus grand appétit et un sommeil paradoxal, celui des rêves, plus morcelé.

En effet, les champs électromagnétiques semblent induire chez l’animal des processus d’économie d’énergie, comme si les besoins énergétiques étaient accrus. Concernant leur comportement alimentaire, les auteurs constatent que, à 31 °C, les rats exposés mangent plus que les rongeurs témoins, ce qui n’est pas le cas à 24 °C. Cette augmentation de la prise alimentaire, corrélée à une augmentation de la température ambiante, a pour finalité de produire de l’énergie et pourrait être provoquée par le refroidissement de la peau.

Enfin, l’étude permet de confirmer un autre effet des radiofréquences, le fractionnement du sommeil paradoxal, lequel fait l'effet d'un « état d'alerte » augmenté, modifiant la perception de l'environnement et induisant une adaptation physiologique de l’organisme.

Toutefois ce fractionnement du sommeil paradoxal n’occasionne pas de troubles du sommeil au sens propre du terme : les chercheurs n’ont noté aucune modification des paramètres habituels de qualité du sommeil (réduction du temps de sommeil, réveils répétés, difficultés à se rendormir...). L’impact sur la santé de cet effet est encore mal connu mais « d’après l’état des connaissances scientifiques, on peut supposer que des perturbations du sommeil paradoxal pourraient engendrer des difficultés de mémorisation ou des troubles de l’humeur chez l’homme », notent les auteurs.

Ces nouvelles données jettent encore le trouble sur l'exposition aux ondes électromagnétiques. « Le plus étonnant, c'est que, à ces niveaux d'intensité qui sont très faibles, on puisse observer des effets qui sont très nets », souligne René de Sèze, directeur de recherche à l'Ineris.

Toutefois cette découverte demande à être confirmée, car à ce stade il n'est pas encore possible d'extrapoler à l'homme les résultats de cette étude. « Tant que l’expérience n’a pas été répliquée par une autre équipe, il faut rester modeste », assure ainsi René de Sèze.

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