Didier Tabuteau appelle à un New Deal de l’assurance-maladie

François Fillon
Didier tabuteau
© Editions Odile Jacob

Didier Tabuteau, responsable de la chaire santé à Science Po Paris publie, aux éditions Odile Jacob, Démocratie sanitaire, les nouveaux défis de la politique de santé. Et appelle à un « Ségur de la santé » pour une nouvelle politique à mettre en place.

Dans votre nouveau livre, vous appelez à un Ségur de la santé (en référence au Grenelle de l'environnement) pour déboucher sur le nouveau système de santé du XXIe siècle. Il y a urgence ?

Tout d'abord, il ne s'agit pas d'une réunion de trois jours, mais d'une concertation continue durant plusieurs mois, sans précipitation, qui réunirait l'ensemble des acteurs.

Oui, la période est cruciale. Et pour plusieurs raisons. Premièrement, quand on est dans une période où les tensions économiques sont très fortes, l'inefficience est d'autant plus inacceptable.

Deuxièmement, les besoins s'accroissent avec le développement des maladies chroniques du fait du vieillissement de la population. Du coup, la réforme du système pour un meilleur accompagnement des malades est une nécessité encore plus impérieuse que par le passé.

La troisième raison, c'est que nous nous trouvons dans une période relativement favorable en termes de maîtrise des dépenses de santé. La démographie médicale va stagner, voire diminuer, dans les prochaines années, aucune grande innovation thérapeutique massive et médicamenteuse n’est prévue dans les 2 ou 3 ans qui viennent. Tout cela fait qu'on devrait pouvoir tenir les dépenses de santé et même les réorienter vers de nouvelles priorités.

Nous nous trouvons dans une période propice pour transformer notre système de santé et lui donner un nouveau départ.

Une démarche qui pourrait se faire en évitant le nivellement par le bas ?

Notre pays consacre beaucoup d'argent à la santé. Nous avons fait un choix collectif en faveur de la santé avec des professionnels et des institutions de qualité. Nous avons tous les atouts pour reconstruire un système à condition de ne pas le gérer par petits bouts.

Ce système a été construit de manière spontanée, il n'a pas été planifié, ni organisé par les pouvoirs publics à la différence d'autres secteurs comme l'Education nationale. C'est pour cela qu'il y a besoin d'une réforme d'ensemble.

Vous appelez, dans votre livre, à un New Deal de l'assurance-maladie...

C'est un tout. On ne peut pas dissocier le financement de la régulation du système. Je plaide depuis une dizaine d'années pour que, symboliquement, le code de la santé publique intègre la législation de l'assurance-maladie. L'assurance-maladie, l’organisation et la régulation du système sont indissociables.

Dans cette démarche de concertation, il faut redéfinir l'équilibre souhaitable et optimal entre ce que prend en charge l'assurance-maladie obligatoire et ce que prennnent en charge les organismes complémentaires.

Je suis convaincu qu'il y a possibilité de rééquilibrer les choses en donnant toute leur place aux complémentaires, mais elles doivent rester à leur place et ne pas être des financeurs principaux, comme c'est en train de le devenir sur les soins courants (hors hospitalisation et hors affections de longue durée) puisque le remboursement de ces soins par la Sécurité sociale ne dépasse pas aujourd’hui 50 %.

Il faut redonner à l'assurance-maladie une part essentielle dans le financement des soins courants. Ce n’est pas une question d’argent, puisqu’ils sont déjà financés par la population à travers les ressources de l'assurance-maladie et les primes des complémentaires. Reprenons cet ensemble et redéfinissions différemment la répartition des prélèvements. C'est économiquement faisable et c'est socialement juste. Concrètement, cela permettrait à l'assurance maladie de relever son taux de remboursement progressivement à 60 % voire 80 %.

En redonnant du pouvoir d'achat aux retraités et aux salariés les plus modestes et en sollicitant plus les revenus les plus élevés, il y aurait un effet de redistribution. Compte tenu des enjeux actuels, cela me semble crucial. Une telle négociation mérite d'être conduite aujourd'hui.

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