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Mars 2014

Famille, la valeur refuge

Anne-Marie Thomazeau
© Magali Delporte

La famille reste la première cellule de la société. Certes, elle change, évolue, se déstructure pour mieux se restructurer… C’est en son sein que l’on trouve les solidarités les plus efficaces. Mais les familles ont aussi besoin d’aides.

Sous la pression des franges les plus réactionnaires de la société, le gouvernement a cédé : il n’y aura pas de loi sur la famille en 2014… L’annonce a provoqué un électrochoc à gauche alors que la droite se félicitait de ce recul, présenté comme un désaveu de la ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti.

La décision paraît d’autant plus incompréhensible que le projet de loi ne comportait aucune référence à la procréation médicalement assistée pour les couples homosexuels ou à la gestation pour autrui, en ligne de mire des traditionalistes… Le texte enterré aura à l’évidence souffert d’un manque d’explication, d’information et de communication sur les thèmes qu’il devait mettre au vote. Des sujets d’ailleurs trop sociétaux quand on aurait pu rêver d’une vraie grande loi sociale pour des familles qui, de plus en plus nombreuses, sont confrontées à des difficultés économiques au moment même où François Hollande annonce la suppression pour les allocations familiales des ressources issues des cotisations patronales, soit 30 milliards d’euros.
Pourtant, pour des milliers de Français, en période de crise, la famille est bien souvent le dernier rempart, celle que l’on appelle à la rescousse. Elle s’impose comme une valeur refuge, un espace intime de solidarité.

Extrêmement sollicitée, la « génération pivot », celle des baby-boomers, qui arrivent à l’âge de la retraite, s’occupent à la fois de leurs parents dépendants, de leurs enfants qui peinent à s’insérer sur le marché de l’emploi, jouent à plein leur partition de super-papy-mamy et s’usent parfois à la tâche. Avec les générations montantes, ils seront de plus en plus nombreux à avoir, eux aussi, connu le chômage et les séparations. Pourront-ils continuer à tenir le coup pour maintenir leurs familles la tête hors de l’eau ? Ces « aidants » demandent aujourd’hui urgemment de l’aide, tout comme les familles monoparentales, lesquelles, toutes les enquêtes le montrent, s’enfoncent dans la précarité.

On attendait le projet de loi préparé par Dominique Bertinotti. Certes, on l’aurait souhaité plus radicalement engagé sur le plan social. Mais il aurait eu au moins le mérite d’interroger cette institution et ses évolutions. Car, malgré les tracas, les conflits, et les séparations parfois, la famille n’a jamais été aussi moderne, foisonnante, vivante et innovante. Il n’est pas enterré, mais reporté. A quand ?

 

Radioscopie de la famille française aujourd’hui

La tradition bousculée, mais toujours forte. La famille traditionnelle reste dominante – deux enfants de 7 à 13 ans sur trois vivent avec leurs deux parents –,
mais elle cohabite, aujourd’hui, avec de nouvelles formes d’organisation : foyers recomposés (10 %), monoparentaux (19 %) ou homoparentaux. Les couples optent aussi pour des statuts divers : concubinage, Pacs ou mariage, y compris, depuis la loi
du 18 mai 2013, pour les couples de même sexe. Des contrats qui ne résistent pas toujours au temps, car le nombre de séparations et de divorces (133 000 par an) explose, même s’il diminue en cette période de crise, peu propice aux nouveaux départs. S’il n’y a pas de modèle unique pour former un couple ou une famille, il n’y a plus, non plus, une seule méthode pour avoir des enfants : dans notre pays, il y a, chaque année, 3 000 adoptions, 50 000 naissances dues à la procréation médicalement assistée, 1 600 dons de gamètes et, même si c’est illégal, 400 recours
aux services d’une mère porteuse pour lesquels les couples se rendent à l’étranger. Les familles sont aujourd’hui plurielles, recomposées, métissées. Leur modèle n’est plus la cellule nucléaire, mais la mosaïque. 

 

Fécondité : les Françaises championnes d’Europe
Avec deux enfants par femme, en moyenne, nous sommes, avec l’Irlande, dans le peloton de tête des pays européens pour les naissances… Un score qui serait dû à une politique familiale dynamique. Les dépenses publiques consacrées aux prestations familiales s’élèvent à 3,8 % du Pib, contre à peine 2,4 % en moyenne dans les pays de l’Ocde*… En tout cas s’élevaient, car que vont-elles devenir avec la suppression
de la cotisation des employeurs à la branche famille ? Nul ne le sait.
* Organisation de coopération et de développement économiques.

Mamy-boom
Les grands-parents sont plus de 15 millions en France – 8,9 millions de grands-mères
et 6,2 millions de grands-pères. Soit 2,5 millions de plus qu’en 1999. Le baby-boom s’est transformé en papy-boom… Ou, pour être exact, en mamy-boom. En moyenne, les femmes ont leur premier petit-enfant à 54 ans et les hommes à 56 ans. Après 75 ans, les grands-parents ont 5,2 petits-enfants. Le Nord-Pas-de-Calais et la Lorraine sont les Régions qui comptent le plus de grands-parents parmi les 75 ans ou plus (85 %), tandis que l’Ile-de-France est celle qui en compte le moins (75 %).
Le « mapy »-boom devrait se poursuivre encore quelques années, car les plus jeunes générations du baby-boom sont aujourd’hui quadragénaires.
Source : enquête « Famille et logements », Insee, 2013.

L’amitié, l’autre lien
Pas de statistiques sur le sujet, mais un constat… Durant les trente dernières années, les amis ont pris une place majeure dans la société, et pas seulement virtuellement sur les réseaux sociaux. Pour beaucoup d’adultes, ils sont une vraie famille de cœur, avec lesquels on part en week-end, en vacances, avec qui on passe le jour de l’an, et même Noël. Les copains, les potes, la bande… Ils sont toujours là pour faire la fête,
mais pas seulement. Ce sont eux qui souvent, en cas de coup dur, nous écoutent, nous consacrent du temps, nous dépannent (garde d’enfants, argent, logement…).

Des unions pas si libres
Fini, les mariages arrangés… On choisit aujourd’hui son conjoint par amour… Croit-on… Car les statistiques sont moins fleur bleue. On se marie encore essentiellement selon son niveau de diplôme. Et si la mixité sociale est plus importante dans les classes moyennes, les plus diplômés et les moins diplômés sont ceux qui s’unissent le plus entre eux. Par ailleurs, si le nombre de mariages
recule depuis les années 1970, si on ajoute aux mariages les Pacs qui ont été contractés sur la même période, on compte aujourd’hui autant d’unions contractuelles (385 098) que de mariages il y a trente ans. 

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