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François Veillerette, militant anti-pesticides

Brigitte Bègue
© Magali Delporte

François Veillerette, avec son association Générations futures, alerte régulièrement sur les dangers des pesticides pour l’environnement et la santé.

Dans la vie, il y a de belles rencontres. François Veillerette en a fait une il y a une vingtaine d’années, avec l’agro-écologiste Georges Toutain. « Un type formidable qui a quatre-vingts ans aujourd’hui, c’est lui qui m’a initié à l’agronomie écologique. » En 1996, ensemble, ils créent Générations futures. François Veillerette est aujourd’hui le porte-parole de cette association qui fait la guerre aux pesticides, ces produits chimiques utilisés massivement en agriculture, qui se diffusent partout dans l’environnement, dans la pluie, la rosée, les rivières... et se retrouvent dans nos assiettes.

Un « scandale français », selon le titre du livre qu’il a coécrit sur le sujet en 20071 et dont les révélations ont fait hurler le lobby des fabricants de produits phytosanitaires. Car la France est la plus grosse consommatrice de pesticides en Europe, la troisième au monde, alors que de plus en plus d’études font le lien entre une expo­sition chronique à ces substances, même à faibles doses, et l’apparition de cancers, de cas d’infertilité, de malformations fœtales, de leucémies infantiles, de troubles neurologiques, de diabète, d’asthme… « Les agriculteurs ont en moyenne 30 % de cancers en moins que la population générale ; en revanche, ils sont plus souvent atteints de lymphomes, de tumeurs de la vessie et du cerveau et ont plus de risques de développer la maladie de Parkinson », affirme l’ex-enseignant, installé en Picardie.

Environ 45 agriculteurs ont été reconnus en maladie professionnelle à cause de ces produits par la Mutualité sociale agricole. Pour François Veillerette ce chif­fre est sous-évalué : « Hier, j’étais à Mulhouse avec un agriculteur atteint d’un cancer professionnel. Ils sont nombreux comme lui, mais ils sont isolés et démunis. S’ils parlent de leur problème de santé, ils sont montrés du doigt, car critiquer les produits phytosanitaires, c’est critiquer le modèle qu’on leur demande de suivre depuis des années, c’est impossible. » Certains ont pourtant décidé de briser le silence et se sont regroupés, en 2011, dans une association, Phyto-victimes.
Il n’y a pas que les campagnes qui sont contaminées, les villes aussi. En 2010, Générations futures a montré qu’un enfant de 10 ans absorbait, rien qu’au petit déjeuner, 28 résidus chimiques, dont 21 classés « cancérigènes probables » et 3 « cancérigènes certains ». En mars dernier, l’association a révélé que les biscuits, les céréales au chocolat, le pain de mie, les brioches, les croissants, les pâtes... au total, 75 % des aliments à base de blé dur qu’elle a fait analyser, contenaient deux insecticides suspectés de perturber le fonctionnement hormonal.

27 traitements sur une pomme

« Il faut retirer du marché les produits que l’on soupçonne d’être des perturbateurs endocriniens sans attendre d’avoir la preuve de leur toxicité sur l’homme. Aujourd’hui, quand les études de toxicologie mettent en évidence des effets délétères sur les rats, ces produits sont quand même autorisés au mépris du principe de précaution », s’indigne François Veillerette. Solution, selon lui ? Réduire l’usage des pesticides et valoriser les alternatives : « Le Grenelle de l’environnement a prévu de diminuer leur utilisation de 50 % entre 2008 et 2018, c’est une avancée, mais la mesure tarde à se mettre en route et on aura du mal à atteindre cet objectif. » Il garde néanmoins espoir – « on est dans la bonne direction » –, même si les habitudes ont la vie dure. « Les agriculteurs ont peur de perdre de l’argent s’ils emploient moins de produits chimiques. Il faut les former progressivement, avec de vrais agronomes, à faire autrement pour qu’ils soient moins dépendants des conseils donnés par les coopératives qui leur vendent les produits. Il faut également mieux répartir les aides et en donner davantage à l’agriculture biologique. »
En Italie et en Allemagne, par exem­ple, l’agriculture biologique occupe environ 8 % des surfaces cultivées ; en France, 3 % seulement. Résultat : on continue à manger des pommes et du raisin qui subissent en moyenne 27 traitements chimi­ques et qui sont bourrés de résidus de pesticides dépassant parfois les limites autorisées... En écho à François Veillerette, 60 médecins du Limousin viennent de lancer un appel contre ces substances pour que les élus prennent d’urgence des mesures « qui permettront de protéger la santé de tous ». D’ici là, on épluche et on lave ses fruits et ses légumes !

  • 1. Pesticides : révélations sur un scandale français, François Veillerette, Fabrice Nicolino, éd. Fayard, 20,30 €.

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