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Cancer

L'unité de cancérologie pédiatrique du Dr Delépine sera-t-elle fermée ?

Brigitte Bègue
Grève faim hôpital R.Poincaré,Garches
© DR

Expulsés de la chapelle de l'hôpital, les parents d'enfants cancéreux hospitalisés dans le service de Nicole Delépine à l'hôpital de Garches continuent leur grève de la faim dans une école privée pour protester contre la fermeture de ce service. Un recours devant le tribunal administratif de Paris a également été déposé pour contester les modalités de sa fermeture.

« Pour ma petite-fille, j'irai jusqu'au bout, c'est sa vie qui est en jeu », déclare cette mamie de soixante-dix ans. Jeudi 26 juin, quatre personnes ont commencé une grève de la faim dans la chapelle de l'hôpital Raymond-Poincaré de Gaches, en banlieue parisienne, pour empêcher la fermeture du service d'oncologie pédiatrique de cet établissement.

Ce service dirigé par le Dr Nicole Delépine accueille des enfants et adultes atteints de sarcomes, c'est-à-dire des cancers des tissus mous (muscles, os, etc.). Sa particularité : être unique en France et pratiquer une cancérologie individualisée en dehors des protocoles standardisés. Du sur mesure qui vaut à cette cancérologue pédiatrique d'être regardée de travers par ses confrères.

Pourtant, sa méthode semble donner de bons résultats depuis plus de trente ans : 90 % de ses patients, dont beaucoup d'enfants, guérissent de leur cancer des os quand la prise en charge est immédiate, contre 50 % dans les autres services, affirme Nicole Delépine.

Seulement voilà, à soixante-sept ans, elle est censée partir à la retraite à la fin du mois de juillet. L'administration semble profiter de cette occasion pour fermer le service. Pourtant, les huit médecins qui exercent auprès de cette cancérologue atypique pourraient garantir la pérennité des soins et continuer à appliquer les protocoles qu'elle a mis au point.

Les parents, réunis dans une association Ametist (Aide aux malades en traitement individualisé en spécialité tumorale) dont les enfants sont actuellement hospitalisés interpellent la ministre de la Santé depuis des mois. En vain. Car les traitements au cas par cas du Dr Delépine font jaser la communauté médicale depuis longtemps déjà.

En 1999, elle a été priée de quitter l'hôpital Robert-Debré car ses pratiques, qui s'inspirent de celles d'un cancérologue américain reconnu, Gerald Rosen, ne plaisaient pas à tout le monde. Gerald Rosen s'était aperçu, dans les années 1980, qu'en administrant des doses croissantes d'une molécule, le méthrotrexate, il arrivait à sauver 80 % de ses patients atteints de cancers des os sans chimiothérapie.

Nicole Delépine s'est donc retrouvée à l'hôpital Avicenne de Bobigny où, faute de place au départ, elle a été contrainte de soigner ses malades dans un couloir. Une histoire qu'elle raconte dans un livre Neuf petits lits au fond du couloir.

Pour les parents des enfants actuellement soignés par Nicole Delépine, qui demandent que la liberté de choix thérapeutique soit respectée, la fermeture du service signifie « une sentence à mort de leur enfant » : « On a décidé que ça suffisait, maintenant on commence une grève de la faim illimitée et il n'y aura que l'intervention en personne de M. Hollande ou de M. Valls qui nous fera arrêter. »

En avril, les parents ont porté plainte pour « délaissement d'enfants ». Le départ à la retraite de Nicole Delépine est prévu pour le 18 juillet, son unité devrait fermé dans les jours qui suivent. Sauf si cette décision est suspendue comme cela a été demandé dans un référé. Réponse du tribunal de grande instance de Paris jeudi 10 juillet.

A SAVOIR :

Un film Cancer, business mortel ?, de Jean-Yves Bilien, sur l'histoire et le combat de Nicole Delépine, est actuellement disponible. Des projections ont lieu un peu partout en France.

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