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Sécurité sociale

On pourrait économiser 10 milliards d'euros sur le médicament

Anne-Marie Thomazeau

Des experts français de la santé, médecins, politiques, lanceurs d'alerte*, se sont engagés dans une campagne qui dénonce la politique du médicament en France.

Pour ces experts, les projets de loi de financement de la Sécurité sociale (Plfss) successifs, visant à réaliser des économies, sont inopérants. Seulement comptables, ils sont totalement dépourvus des réformes de structure nécessaires, notamment en matière de politique du médicament, dont la dépense en ville et à hôpital, est astronomique. Pour 66 millions d’habitants, elle plafonne à 34 milliards d'euros  (assurance-maladie obligatoire et complémentaire).

Les baisses de prix, qui restent dérisoires, et les déremboursements sont immédiatement contrebalancés par la sortie de «faux nouveaux médicaments chers et inutiles» dont 90% sont des Asmr 5, c'est-à-dire sans aucune plus-value thérapeutique, dénoncent les signataires, qui font état de la situation en Italie qui obtient les mêmes résultats sanitaires avec une dépense de 18 milliards d'euros.

Selon eux, quatre causes sont responsables de cette situation

  • Une politique opaque de fixation des prix du médicament par le Comité économique des produits de santé.

  • Une surprescription des médicaments les plus récents, inutiles et très chers, et même dangereux parfois, que l’Agence nationale de sécurité des médicaments (Ansm) continue à autoriser.

Ils rappellent que, depuis les années 1990, seules 3,5 % des nouveautés sont efficaces et utiles, le reste ne sont que des copies très chères et inutiles dont le seul objectif est de faire grimper les prix dans l’intérêt des firmes et de leur cours en bourse pour entretenir le système : « Nous ne somme plus dans la santé publique, mais dans le business pur et dur, sur le dos des usagers et de leurs organismes sociaux», dénoncent-ils.

  • Une insuffisante prescription des génériques, 2 fois moins qu’en Angleterre, aux Pays-Bas, au Danemark ou en Allemagne, et les plus chers d’Europe, en moyenne 30 % de plus qu’en Italie avec des pics à 100 %.

  • Des dysfonctionnements de complaisance au profit des laboratoires.

Ils estiment que  «les prix français sont fixés de façon arbitraire au gré du lobby industriel par un Ceps inféodé aux multinationales pharmaceutiques et qui n’a aucune volonté d’injecter la transparence nécessaire pour réduire les déficits devenus insupportables pour notre pays alors que toute l’Europe a équilibré ses budgets santé ; cette situation remettant en cause notre système de protection sociale solidaire... En fait la Sécurité sociale et les complémentaires, donc le citoyen, servent de pompe à finances à des firmes qui assoient toujours plus leur lobby par leur puissance financière sans rien proposer, sauf exceptions, en terme d’innovations ».

En France, «une opération mains propres sur le médicament» pourrait permettre de réaliser 10 Md€ d’économie.

 

* Sous l’égide de Michèle Rivasi, députée européenne commission santé, et de Serge Rader, pharmacien lanceur d’alerte, l'opération est soutenue notamment par  Anticor (1), le Fdormindep (2), le  Pr Philippe Even, de l'Institut Necker, Irène Frachon, pneumologue dénonciatrice du scandale du Mediator, Elena Pasca, pharmacritique, Jean-Sébastien Borde, président du Formindep, Jean-Claude Salomon, médecin du groupe Princeps, Aline Archimbaud, sénatrice de Seine-Saint-Denis.

  1. Anticor fait partie de deux grands collectifs, l’un qui lutte contre les paradis fiscaux et judiciaires, l’autre qui se bat pour la réglementation du lobbying, chacun de ces deux collectifs regroupant lui-même plus d’une quinzaine d’associations et d’Ong internationales.
  2. Le collectif Formindep « pour une formation médicale indépendante au service des seuls professionnels de santé et des patients » a été lancé en mars 2004 à l’initiative de Philippe Foucras, à l’époque médecin généraliste dans le Nord et formateur en médecine générale, pour soutenir l’appel lancé aux Conseils nationaux de formation médicale continue de déclarer leurs conflits d’intérêts. (Appel du Formindep). 

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