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Brigitte Bègue
©Jean-christophe dupuy/andia

A l’initiative du Dr Virginie Guastella, le service des soins palliatifs du Chu de Clermont-Ferrand a ouvert un bar à vin.

Donner du sens au temps qui reste. C’est ce qui a motivé le Dr Virginie Guastella quand elle a voulu ouvrir un bar à vin dans le centre de soins palliatifs dont elle est la chef de service au Chu de Clermont-Ferrand. « Je savais que le mot “bar” ferait réagir, dit-elle ironiquement, mais il me permettait surtout de redéfinir ce que sont les soins palliatifs et la fin de vie. »

Elle ne s’est pas trompée. Son initiative, lancée il y a un peu plus d’un an, a fait le buzz : « J’ai eu des articles au Brésil, au Canada, et jusqu’au fin fond du Vietnam. » L’idée est simple, mais innovante : offrir aux patients un bon verre de vin ou de champagne. « On a toujours donné un petit verre à nos patients qui le souhaitaient, mais on le faisait à titre personnel et on servait le vin en brique de l’hôpital. Rien de bien fameux pour les dernières expériences sensorielles. Ce n’est pas parce qu’on arrive dans une unité de soins palliatifs que la vie est terminée. On ne peut plus guérir, mais on peut très bien améliorer la qualité de vie et de survie jusqu’au bout », affirme Virginie Guastella.

Des instants de bonheur

Si possible, le vin est apporté par les proches du patient. Pour ceux qui n’ont pas de famille ou qui n’ont pas les moyens financiers d’acheter une bonne bouteille, il est fourni par le « bar à vin » du Chu, qui n’est autre qu’une cave où 200 litres peuvent être stockés. Aucun financement public, tout provient de dons privés. Pas question bien sûr de s’enivrer, il s’agit de déguster. D’ailleurs, si la direction de l’hôpital et l’agence régionale de santé ont donné leur accord, c’est parce que tout se fait sous strict encadrement médical. Ce que veut surtout susciter la chef de service, c’est « le plaisir du goût » chez des patients dont 90 % sont atteints de cancer et dont la plupart ne mangent plus, car les centres de la sensation de faim sont altérés par la maladie. « Pour eux, manger n’est pas une préoccupation de premier plan, mais je veux valoriser toutes les petites choses de l’existence qui peuvent les ramener au plaisir, à l’envie, à la vie… car ils sont toujours vivants », pointe Virginie Guastella, qui souligne au passage que, dans son service, les repas sont servis dans une vraie assiette.

Les réactions des patients ne se sont pas fait attendre : « Les malades nous disent que ça leur permet de penser à autre chose. De plus, ils sont heureux de ne pas avoir que la maladie à partager avec les personnes qui viennent les voir. Cela peut avoir du sens aussi pour leur entourage de continuer à faire ce qu’ils faisaient avant avec la personne, quand elle était en bonne santé, ça fait resurgir des bons souvenirs… ». Car, Virginie Guastella tient à le souligner, contrairement à ce que le grand public pense, les patients admis en soins palliatifs ne sont pas tous en phase terminale, beaucoup peuvent tenir un verre et trinquer. Pour ceux qui ne peuvent plus déglutir, des soins de bouche aromatisés sont proposés. « On trempe un bâtonnet dans un verre de vin et on le passe dans la cavité buccale du malade », explique-t-elle.

Du côté des soignants, confrontés parfois à des situations dramatiques, le bar à vin est très bien accueilli aussi. « C’est très motivant, apporter quelques instants de bonheur aux gens nous aide à continuer à avancer. Dans un monde où tout est déshumanisé, où tout le monde est dans la compétition, cela permet de remettre l’humain au centre du soin tout en restant dans la rigueur scientifique et la médecine. »

Avant de se consacrer uniquement à la fin de vie, Virginie Guastella a consulté dans un centre de traitement de la douleur : « Ce qui me porte, c’est la qualité de la relation humaine. On ne peut pas être uniquement dans la technoscience, il faut une prise en charge globale des patients, avec un temps à leur accorder. Sans cette dimension-là, je ne peux pas m’épanouir dans mon travail. » Une philosophie qui semble faire des émules : d’autres Chu l’ont contactée pour faire la même chose qu’elle…

Et comme un bon verre de vin ne va pas sans un bon petit plat, son service organise, tous les mois et demi, un atelier cuisine avec les malades. Le dernier, qui a eu lieu en novembre, avait pour thème le potiron. Accompagné de beaujolais, bien sûr !

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