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Sophie Pelletier, hypersensible aux ondes

Sophie Pelletier milite pour la prise en charge des personnes atteintes d’électro-hypersensibilité aux ondes, dont elle est elle-même victime.
© Magali Delporte

Lorsqu’en avril dernier une étude de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) a montré que des rats exposés à des champs électromagnétiques équivalents à ceux générés par les antennes-relais avaient le sommeil perturbé, Sophie Pelletier n’a pas été surprise : « C’est comme ça que tout a commencé chez moi.
Du jour au lendemain, je me suis mise à me réveiller toutes les nuits entre 2 heures et 4 heures du matin dans un état d’hypervigilance. »  C’était il y a trois ans, Sophie ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Elle sait aujourd’hui qu’elle était en train de devenir intolérante aux ondes électromagnétiques de basses fréquences du type de celles émises par la téléphonie mobile. Un trouble appelé Ehs, pour électro-hypersensiblité, décrit par l’Organisation mondiale de la santé, reconnu comme un handicap en Suède, et comme une maladie en Angleterre et en Allemagne, mais pas en France.
« Après, j’ai commencé à avoir des douleurs dans la nuque, des maux de tête ; parfois j’avais l’impression qu’un flux électrique me traversait le corps, c’était horrible. J’ai consulté mon médecin, qui m’a prescrit du magnésium, raconte-
t-elle. Mais mes symptômes se sont aggravés. Tachycardie, palpitations cardiaques, sensation d’irradiation, de brûlure à l’intérieur de moi… sont apparues en même temps qu’un épuisement général, des pertes de la mémoire et de la concentration. J’étais devenue une vraie zombie. »
C’est surtout sur son lieu de travail, dans la tour Montparnasse, à Paris, que Sophie, qui est ingénieure, souffre. Entre les rayonnements émis par les antennes-relais du quartier et ceux de la tour Eiffel et de la gare, son exposition aux ondes est maximale. « Le médecin m’a mise en arrêt maladie quatre fois, mais à chaque reprise, les troubles réapparaissaient », explique-t-elle. Pendant l’été 2011, quatre jours après son retour de vacances, elle se retrouve K.-O. Depuis, Sophie a été reconnue travailleur handicapé, « mais il a fallu deux ans d’éloignement de mon lieu de travail pour que je retrouve un niveau de sensibilité à peu près gérable », précise-
t-elle. Un cauchemar qui l’a conduite au Collectif des électrosensibles, qui se bat pour leur reconnaissance et dont elle est devenue coresponsable.

Un trouble qui se répand

« Quand je suis tombée malade, j’ai cherché des informations, c’est ainsi que j’ai connu l’association. Ça remonte le moral, car on est très isolé avec cette maladie que les médecins ne connaissent pas. Les choses commencent à bouger, mais on nous prend encore souvent pour des fous », déplore Sophie Pelletier.
Pourtant, le mal des ondes se répand. Difficile de savoir combien de personnes sont touchées, mais Sophie l’assure : il y a de plus en plus de jeunes. « Des parents nous contactent pour leur enfant qui ne peut plus aller à l’école à cause du Wi-Fi. » Dans un environnement où les rayon­nements électromagnétiques sont omni­présents, être « Ehs » est un calvaire : impossible de prendre le métro, d’aller au supermarché sans croiser un téléphone portable.
« Tous les jours, nous recevons des appels au secours de personnes ne sachant plus où se réfugier, rapporte Sophie Pelletier. Certaines ne peuvent pas tenir plus de quinze minutes dans un hôpital quand il y a des antennes-relais sur le toit ou à proximité ou que beaucoup de gens utilisent un mobile. »
Incommodés par la box de leurs voisins, les plus sensibles sont contraints de déménager : « Il y en a qui achètent une camionnette et dorment en forêt, d’autres dans leur voiture », et certains qui cherchent désespérément une « zone blanche », exempte de toute onde. « Moi, j’ai eu de la chance, ma famille m’a soutenue et je suis fonctionnaire, mais il y a des Ehs pour qui la vie quotidienne devient un tel enfer qu’ils perdent leur conjoint et leur travail. Les autorités sanitaires ne peuvent plus ignorer ce problème », lâche Sophie.
En juin, le Collectif a été reçu par un conseiller de la ministre de la Santé. « On a senti une écoute, mais il faut que cela se concrétise par des actes », déclare la porte-parole. Hasard ? Le 3 juillet, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation et de l’environnement (Anses) lançait un appel à projets de recherche sur l’impact des radiofréquences sur la santé.

©philippe schuller

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