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Octobre 2014

Système de soins : toujours plus d’inégalités

Anne-Marie Thomazeau
Inégalités de santé_MDM
©Marta Nascimento/REA

Si la France est souvent louée pour la qualité de son système de soins, la réalité est tout autre. Déremboursements, honoraires prohibitifs, déserts médicaux… privent d’accès aux soins des milliers de personnes et mettent à mal les principes de solidarité.

Le système de santé français est décrit comme l’un des meilleurs au monde. Peut-être, si l’on s’intéresse à la médecine de pointe ou si l’on s’en tient aux moyennes nationales. Mais, derrière l’écran de fumée des statistiques, une réalité bien différente apparaît : selon que l’on est riche ou pauvre, nous ne sommes pas égaux devant l’accès aux soins. Conséquence directe : la France est un des pays d’Europe où règnent les plus fortes inégalités face à la maladie, et même en termes d’espérance de vie.
La multiplication des déremboursements par l’assurance-maladie, la mise en place de tickets modérateurs et de franchises (1 euro sur la consultation médicale, 50 centimes par boîte de médicaments) font qu’aujourd’hui les soins de ville sont pris en charge seulement à hauteur de 55 %. La situation est pire encore du côté de l’optique, des prothèses auditives ou dentaires, qui ne sont quasiment pas couvertes par l’assurance obligatoire, alors que le montant des factures est élevé.
Sans mutuelle, il n’est plus possible aujourd’hui de se soigner. Or le prix des complémentaires, lourdement taxées, et qui subissent les transferts de charges de l’assurance-maladie, augmente mécaniquement. Beaucoup de Français ne peuvent plus suivre, résilient leur contrat ou optent pour des garanties a minima. De ce fait, ils sont contraints de renoncer aux soins.

A cela viennent s’ajouter les ­dépassements d’honoraires, le refus de certains ­médecins de soigner les bénéficiaires de la Cmu (couverture maladie universelle), l’extension des déserts médicaux et l’augmentation des délais d’attente pour avoir un rendez-vous, surtout lorsqu’on recherche un médecin conventionné de secteur 1 (sans dépassement d’honoraires)… Autant d’éléments conjugués qui privent d’accès aux soins des milliers de Français et creusent la fracture sanitaire entre ceux qui peuvent encore se soigner et ceux qui se retrouvent en marge de notre système de santé.

Une situation qui s’aggravera demain, comme l’explique l’économiste Brigitte Dormont, avec la généralisation des complémentaires santé à toutes les entreprises dans le cadre de l’accord national interprofessionnel (Ani), qui va désolidariser de la mutualisation les salariés et isoler encore un peu plus les personnes les plus faibles – pauvres, chômeurs, étudiants, retraités et malades de longue durée –, avec des conséquences que l’on peut prévoir dramatiques sur leur état de santé, et donc pour la société dans son ensemble.

 

Fracture sociale dès la maternelle
Une enquête réalisée par la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) dans des classes de maternelle montre que de fortes inégalités sociales
en matière de santé existent entre les enfants. A 6 ans, ceux qui ont un père ouvrier sont 14 %
à présenter une surcharge pondérale (et 4 % de l’obésité), contre 9 % (et 1 %) pour ceux ayant
un père cadre (1). Une autre enquête de la Drees souligne que 30 % des enfants d’ouvriers ont
déjà eu au moins une carie à l’âge de 6 ans, contre seulement 8 % des enfants de cadres.
Ils consultent également moins, ce qui se traduit par un repérage plus tardif des caries (2).
(1) « La santé des enfants en grande section de maternelle », Drees, 2010.
(2) « Santé bucco-dentaire des enfants : des inégalités dès le plus jeune âge », Drees, 2013.

 

Un Français sur quatre dans l’impasse

 En France, l’un des pays les plus riches du monde, de plus en plus de personnes renoncent aux soins. Globalement, en 2012*, 26 % d’entre elles déclaraient avoir renoncé à au moins un soin pour raisons financières. C’est une sur trois chez celles qui n’ont pas de complémentaire santé, contre 19,7 % chez les bénéficiaires de la Cmu-c et 14 % des adhérents d’une mutuelle. Les soins que l’on sacrifie sont d’abord les soins dentaires (18 %), d’optique (10 %), puis les consultations médicales (5 %).
Toujours en 2012, 15 % des personnes provenant de foyers modestes déclaraient avoir renoncé à des produits d’optique pour raisons financières. C’est trois fois plus que celles appartenant aux ménages les plus riches (3,6 %). Le renoncement aux soins pour raisons financières touche principalement les étudiants, les femmes et les seniors, catégories en général plus précarisées, mais les classes moyennes et supérieures ne sont plus épargnées, et la plupart des familles doivent choisir entre les soins. Seuls 20 % des Français, les plus aisés, continuent à se soigner à la hauteur de leurs besoins.
* Enquête sur la santé et la protection sociale (Esps) de l’Irdes (Institut de recherche
et documentation en économie de la santé).

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