Après avoir suscité le tollé des du monde de la santé ( syndicats de professionnels, associations de malades, mutuelles) , les franchises médicales enregistrent des scores au barème de l’impopularité. 300 000 personnes ont déjà signé les deux pétitions lancées l’une par l’Union confédérale des retraité CGT, l’autre par le Collectif contre les franchises.
Loin de revenir sur sa décision, le gouvernement songe à l’étendre. Cette fois, ce sont les migrants qui sont visés. C’est un secret mais Le Figaro, bien informé, a vendu la mèche dans son édition du 18 janvier. Auteur d’un rapport sur l’aide médicale d’état, le député du Vaucluse, Thierry Mariani, qui s’est rendu célèbre en défendant l’amendement sur les tests ADN, est chargé du dossier. « En souriant » il a glissé au Figaro : « cette fois, on m’a demandé d’être discret, au moins jusqu’aux municipales ». Sourions, nous aussi: nous voici dans le secret des dieux,
Le Figaro révèle les détails de l’affaire. L’aide médicale d’état (AME) «donne des sueurs froides aux fonctionnaires de Bercy. En octobre dernier, souligne avec compassion le quotidien « ils ont du signer un chèque de plus de 900 millions d’euros pour apurer les dettes de l’état à la sécurité sociale. » On se dit qu’il va falloir que les financiers de Bercy s’endurcissent et marchent avec leur temps. Prennent exemple sur les banquiers de la société générale: 5 milliards d’euros de perte et pas un cheveu qui bouge chez ces valeureux capitaines de la finance.
Au gouvernement donc, loin de renoncer à l’idée de taxer les malades, on renforce le système. L’idée est de mettre en place un forfait que l’étranger pourrait acquitter au moment de son inscription à l’AME. Une réunion du comité de pilotage est programmée au début du mois de février pour en étudier les modalités. Parmi les mesures envisagées, la création dans les mairies d’un guichet unique qui enregistrerait les demandes de prise en charge et celle d’un fichier informatisé.Faire payer les migrants, les ficher, idées géniales qui cumuleront leurs effets au point de rendre inutile l’AME. Combien auront les moyens d’acquitter le forfait? Combien préféreront ne pas se soigner plutôt que d’être fichés?
Les médecins reconnaissent déjà que les migrants, parvenus, après mille vicissitudes, en mauvaise santé sur notre territoire, diffèrent les soins. Peur du fichage, manque d’argent, ignorance de leurs droits, bien souvent c’est dans l’urgence qu’ils accèdent aux soins. Les prendre en charge dès leur arrivée, respecter leurs droits qui sont inscrits dans les textes ( inexpulsabilité des étrangers gravement malades, droit au séjour des étrangers malades, présence d’une équipe médicale complète dans chaque centre de rétention , prise en charge financière des soins de santé des étrangers sans papiers), coûterait moins cher. Économiserait bien des souffrances. Relèverait aussi de la protection de la santé de tous. Le gouvernement semble choisir la politique contraire.
Ce n’est pas la première fois qu’il essaye de s’en prendre à l’aide médicale d’état. Jusqu’ici les associations l’ont obligé à la maintenir.. Cependant, l’ensemble du dispositif de soins au service des migrants est aujourd’hui menacé: Le syndicat des urgentistes a déjà eu l’occasion de s’élever contre les arrestations d’étrangers à l’hôpital; deux intervenantes sociales de France Terre d’Asile, association qui agit auprès des mineurs errants sur mission de la DDASS ont été mises en garde à vue pour se voir finalement reprocher « un excès de générosité » ; trois pédosychiatres du Puy-De-Dôme qui recevaient les demandeurs d’asile ont été retirés de la liste d’agrément préfectorale car jugés trop complaisants, Ils ne sont pas les seuls, assure-t-on au Comité médical pour les exilés (Comede); Enfin, la Cimade a consacré tout un numéro de son journal « Causes Communes » pour dénoncer le fait que même des malades du sida sont aujourd’hui expulsés. Les procédures administratives se sont tellement durcies que faire respecter le droit est devenu, nous dit-on, un casse-tête même pour les médecins.
Pendant ce temps, la politique d’expulsions à tout va pervertit notre droit. Où va- t-on si un procureur peut justifier une garde à vue en reprochant un excès de générosité? Le délit de solidarité qui n’existe pas dans le code pénal existe néanmoins depuis que des militants de la solidarité sont traînés devant les tribunaux. Délit de générosité maintenant? Et demain, alors: délit de soins?
Aide médicale d’état: extension des franchises?
Posté le 4 février 2008 par Maïté Pinero · Pas de commentaire
Catégorie(s) : Actualité
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